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jeudi 5 novembre 2009

Le Président sud-africain Jacob Zuma rencontre les responsables reunionnais de RSA

L’Association RSA (Reunion/South Africa Association) rend compte dans un communiqué de la rencontre de ses responsables — Christophe Rocheland, Président, et Richard Apavou, vice-président — avec le président sud-africain Jacob Zuma le lundi 19 octobre, à Johannesburg.



Richard Apavou, vice-président de RSA, Jacob Zuma, président de la République Sud-Africaine, et Christophe Rocheland, président de l’Association RSA.

« Les responsables de l’Association Coopération Réunion/Afrique du Sud (RSA : Reunion/South Africa Association) ont été reçus lundi dernier (19 octobre 2009) à Johannesburg pour une rencontre informelle avec le président de la République d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, organisée par le Chef député Mandla Mandela, en la demeure privée de l’ex-président sud africain Nelson Mandela.

C’est à l’occasion d’une visite de courtoisie rendue par le président sud-africain à Nelson Mandela le lundi 19 octobre dernier que les responsables de RSA, Christophe Rocheland, président, et Richard Apavou, vice-président de l’Association, ont rencontré Jacob Zuma.

Les discussions entre les Réunionnais et le Chef de l’État sud-africain ont porté sur les longues relations historiques entretenues par La Réunion et l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et notamment de la solidarité des Réunionnais envers les combattants de la liberté sud-africains. L’autre sujet de discussion concernait la création d’un Consulat sud-africain à La Réunion, dossier défendu depuis plus de 5 ans par l’Association. Le président sud-africain a chargé le Député Mandla Mandela de ce dossier en lui demandant de faire suivre le processus de création du Consulat avec la ministre des Affaires étrangères, Maite Nkoana-Mashabane.

L’Association plaide également pour un rapprochement stratégique au plus haut niveau politique et économique avec ce membre du G20 qui, de par sa situation géographique, représente une opportunité de mieux nous intégrer dans notre bloc régional, en accord avec la volonté politique exprimée par les autorités métropolitaines et réunionnaises ».


dimanche 11 octobre 2009

Le développement endogène en marche à La Réunion

Construire un projet réunionnais, par des Réunionnais, pour répondre à des défis réunionnais, et renforcer un large rassemblement autour de ce projet : ces deux conditions au développement endogène ont été rappelées lundi par Paul Vergès lors d’une rencontre avec la presse.

Taux de chômage en augmentation, manque de logements, persistance de l’illettrisme, coût de la vie trop élevé… notre île est touchée par des problèmes structurels. Alors que ces questions sont loin d’être réglées, La Réunion voit l’arrivée simultanée de trois nouveaux défis qui compliquent encore la situation.

C’est tout d’abord la croissance démographique. Entre aujourd’hui et 2025, la population de La Réunion connaîtra une augmentation de 25%. Il faut donc dès maintenant prévoir un cadre de vie et des emplois pour un million d’habitants. Or, alors qu’aujourd’hui nous ne sommes que 800.000, le chômage ne cesse d’augmenter : plus de 120.000 Réunionnais sont à la recherche d’un emploi, selon les données officielles de l’administration.

C’est ensuite la mondialisation des échanges. Elle s’effectue actuellement selon les directives de l’Organisation Mondiale du Commerce, appliquées par l’Union Européenne. Elle signifie la chute des protections dont peuvent bénéficier les économies vulnérables. Pour La Réunion, cela signifie que l’octroi de mer est attaqué. Or, l’octroi de mer est aujourd’hui l’ultime protection dont peuvent bénéficier nos entreprises face à la concurrence extérieure.

Des défis spécifiques

En effet, depuis le 29 août dernier, La Réunion est intégrée dans un espace de libre-échange bien plus vaste que l’Union Européenne. Il comprend désormais les pays de notre région qui ont un modèle social totalement différent et des coûts de production beaucoup moins élevés. Se pose alors la question de la survie de nos producteurs, concurrencés sur le marché réunionnais par ceux des pays voisins.

C’est enfin le changement climatique. Du fait de sa situation géographique, La Réunion est en pleine zone de cyclones. Le réchauffement de la mer est un facteur qui contribue à ces phénomènes extrêmes. Cela pose la question de la protection de la population face aux conséquences des cyclones. Or, jusqu’à présent, une seule rivière est endiguée jusqu’à son embouchure. La construction d’endiguement et le remplacement des radiers par des ponts sont des investissements très coûteux.

Comment faire pour rattraper ce retard d’équipements ?

Le changement climatique a aussi un impact sur une autre protection de La Réunion, sa barrière de corail. Que deviendra notre littoral s’il est directement attaqué par la houle de l’océan Indien ?
Ces contraintes démographiques, économiques et climatiques sont spécifiques à notre île. Aucune autre collectivité de la République n’est aussi durement frappée par le chômage, et aucune n’a à faire face à ces trois défis.

Privilégier le partenariat institutionnel

Devant cette situation, les élus qu’ont choisis les Réunionnais ont décidé de s’inscrire pleinement dans les États Généraux. Le Conseil général et la Région ne se sont pas contentés de donner un avis sur la synthèse des débats, les deux assemblées ont apporté une contribution conjointe. Cette contribution est désormais renforcée par l’adhésion de communes à ce texte. C’est le rassemblement le plus large autour des propositions réunionnaises qui est en train de s’opérer. Car pour arriver à concrétiser un plan de développement pour La Réunion, les propositions doivent être soutenues par au moins deux-tiers des Réunionnais, a déjà souligné Paul Vergès.

Construction d’un projet réunionnais par des Réunionnais pour répondre à des défis réunionnais, et construction d’un rassemblement très large pour adopter ce projet : deux conditions du développement endogène sont en train de se réaliser à La Réunion.

Ainsi, les Réunionnais sont les acteurs de leur développement.

Pour aller vers ce développement endogène, il est essentiel de sortir de la logique de l’affrontement et aller vers ce que le président de la Région appelle le partenariat institutionnel. Un partenariat où chacun contribue à la réalisation d’un objectif commun, décidé par les Réunionnais.

Manuel Marchal


L’ouverture implique une nouvelle économie

À l’époque coloniale, La Réunion entretenait des liens étroits et exclusifs avec sa métropole. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la mobilisation des Réunionnais autour d’un projet largement partagé aboutit à l’abolition du statut colonial. La fin de cette ère signifie pour La Réunion l’intégration de son économie à l’ensemble français.

De cette évolution découle la fin d’une partie de notre industrie, directement en concurrence avec les produits fabriqués en France, à un prix de revient bien moins élevé.

Du fait de l’adhésion de la République au Marché commun puis à l’Union Européenne, La Réunion est intégrée à un marché unique de plusieurs centaines de millions d’habitants. C’est avec ce marché européen que se font la plupart des échanges. Ainsi, plus de la moitié des importations viennent d’entreprises situées dans l’UE. Cette intégration offrait également une protection à nos producteurs, puisqu’ils étaient à l’intérieur des barrières imposées par l’Union Européenne. Tout change quand se mettent en place au niveau mondial des règles dictées par une idéologie ultra-libérale. Le mot d’ordre des dirigeants de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), c’est que le libre-échange favorisera le développement de tous. Pour La Réunion, une telle situation pourrait conduire exactement à l’inverse des proclamations : la ruine de nos dernières industries est une menace.

Pour appliquer les orientations de l’OMC, l’Union Européenne décide d’ouvrir l’intégralité de son marché aux produits fabriqués par nos voisins. Ces derniers sont fabriqués à un coût défiant toute concurrence, du fait d’un système social totalement différent. Et lorsque l’Union Européenne s’engage à ouvrir ses frontières à des pays à très faible coût de main d’œuvre, elle le fait au nom également de La Réunion, sans qu’aucun Réunionnais ne soit invité à la signature de l’accord donnant une portée juridique à cet engagement. Pourtant, à la différence des États membres de l’Union Européenne, La Réunion ne se situe pas à 10.000 kilomètres de Madagascar ou du Mozambique, mais dans le voisinage immédiat de ces pays.

Le résultat est une ouverture qui remet en cause toutes les pratiques développées depuis le début du peuplement de La Réunion. Désormais, l’application de l’Accord de partenariat économique intermédiaire signifie qu’à plus ou moins brève échéance, tous les secteurs productifs du pays sont susceptibles d’être concurrencés par des entreprises implantées dans les pays voisins.

La situation de La Réunion n’a donc plus rien à voir avec celle de 1946. À l’époque, un pays de 250.000 habitants commençait son intégration à l’ensemble français. 63 ans plus tard, c’est un pays de 800.000 habitants qui doit s’adapter à une intégration à un marché unique mondial. Cette ouverture sans précédent dans l’Histoire de notre pays signifie la création d’une nouvelle économie.

dimanche 4 octobre 2009

Des milliers de planteurs menacés par la délocalisation industrielle

L’ouverture du marché européen sous les injonctions de l’OMC change la donne. Maurice délocalise sa production de sucre roux et se concentre sur le sucre blanc et les sucres spéciaux, l’actionnaire principal de Bois-Rouge investit au Mozambique et les usiniers réunionnais en Tanzanie. Est-ce le début de la délocalisation de la production de sucre roux à La Réunion, et donc le début d’une nouvelle concentration sur une seule usine ? Différents faits montrent en tout cas que l’échéance 2014 se précise.


Voici une vue partielle de la nouvelle carte de la production sucrière qui peut être exportée sur le marché européen. Manque le Zimbabwe, qui pense pouvoir exporter 150.000 tonnes en Europe d’ici deux ans.

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Avant que l’Organisation mondiale du commerce ne vienne remettre en cause l’organisation du marché du sucre en Europe, voilà quelle était la situation dans notre région.

Depuis que l’Organisation mondiale du commerce fixe le cap idéologique de la mondialisation, l’Union européenne a plusieurs fois été attaquée pour l’organisation de ces marchés, et a donc été mise en demeure de les adapter aux règles du marché unique mondial.

Cette adaptation se fait en plusieurs étapes.

Pour La Réunion et les autres régions de l’Union européenne, le règlement sucrier actuellement en vigueur est une première brèche dans le système des prix et quotas garantis. En effet, le prix garanti du sucre a diminué de plus de 30%. À titre compensatoire pour les DOM, l’Union européenne verse une subvention aux usiniers. Ce régime sera rediscuté d’ici 2014. À cette date entrera en vigueur un nouveau règlement sucrier européen sur lequel les incertitudes sont nombreuses, tout peut être remis en cause. Ce réglement devra en effet tenir compte des nouvelles règles fixées par l’OMC après la clôture du cycle dit de Doha. Dans ces discussions, la Commission européenne a mis dans la balance la suppression de la quasi-totalité des subventions versées aux agriculteurs. Quid des subventions versées aux usiniers et aux planteurs ?

Plus de quota ni prix garanti à Maurice

Pour les partenaires de l’Union européenne, les quotas et prix garantis, c’est déjà fini. En 2001, l’Union européenne lance l’initiative "Tout sauf les armes" qui ouvre le marché européen à tous les produits fabriqués sur les territoires des États du groupe des PMA, dont la Tanzanie, le Mozambique et Madagascar. Seules exceptions à part les armes : le riz, la banane et le sucre. Pour le sucre, l’exception prend fin progressivement pour une ouverture du marché européen cette année. Donc le sucre fabriqué au Soudan, en Ethiopie ou en Tanzanie peut être vendu en Europe.

L’an dernier, l’Union européenne a dénoncé le Protocole Sucre qui concernait les producteurs des pays ACP. Brutalement, des pays comme Maurice sont désormais en concurrence directe avec les producteurs des PMA sur le sucre. Mais depuis plusieurs années, Maurice avait anticipé cette échéance en créant les conditions pour ne plus produire à Maurice du sucre en vrac, mais uniquement du sucre à plus forte valeur ajoutée : sucre blanc et sucres spéciaux. Cette restructuration s’accompagne d’une concentration : plus que trois usines pour produire au moins 400.000 tonnes de sucre.

Les industriels s’adaptent

A mis parcours du règlement sucrier, force est de constater que bien qu’ils soient encore protégés par des règles dérogatoires à celle de l’OMC, les industriels sont pleinement engagés dans la construction de cette nouvelle carte de la production sucrière découlant des règles du "droit commun" de l’OMC.

On a tout d’abord vu l’arrivée à La Réunion d’un des plus gros producteurs mondiaux, Téréos. Cette coopérative de planteurs de betteraves a acheté la majorité des actions de Bois-Rouge. Et elle a également investi au Mozambique dans la modernisation d’une usine qui peut désormais vendre du sucre sans quota ni droit de douane en Europe.

On a également les industriels mauriciens qui anticipent. Ils continueront à produire du sucre roux, mais pas à Maurice. C’est le sens de l’alliance qu’ils ont noué avec Téréos au Mozambique et avec un usinier réunionnais en Tanzanie, dans Tanganiyka Plantation Company.

Ce dernier partenariat montre que désormais, un usinier réunionnais produisant du sucre à La Réunion fabrique aussi du sucre en Tanzanie. Outre le marché domestique, ce sucre tanzanien peut être vendu en Europe, comme le sucre réunionnais. Et les coûts de production sont bien plus faibles en Tanzanie.

Délocalisation en Tanzanie ?

Du fait de l’exemple mauricien, une question se pose : les industriels réunionnais envisagent-ils de délocaliser leur production de sucre roux en Tanzanie ?

Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que depuis trois semaines, la filière s’est habituée à ne vivre qu’avec une seule usine. Or, une seule usine suffirait si une telle hypothèse se vérifiait.
Le hasard de l’Histoire, c’est que l’incendie qui est le responsable de cette situation a eu lieu le week-end où l’Union européenne et les pays de la région signaient l’accord de partenariat économique intermédiaire. Cet accord ouvre le marché réunionnais à tous les produits sauf à un produit de la canne, le sucre.

À la lumière de ce nouveau contexte, une nouvelle situation apparaît. Pour une durée limitée, l’usinier est assuré de ne pas avoir de concurrent pour la vente de sucre à La Réunion. Il a aussi développé depuis plusieurs années la fabrication de sucres spéciaux qui échappent pour le moment à la concurrence des pays à plus faible coût de main d’œuvre. Ce sont donc deux "niches" où il peut continuer à prospérer.

En conclusion, les nouvelles règles du commerce mondial et les décisions stratégiques prises ces dernières années amènent à se demander si l’hypothèse suivante pourrait se concrétiser : délocalisation partielle de l’industrie sucrière en Tanzanie pour produire du sucre en vrac, concentration de ce qui reste à La Réunion afin produire uniquement pour le marché domestique et les sucres spéciaux. Mais cette nouvelle concentration ne nécessiterait que le fonctionnement d’une seule usine. Car les sucres spéciaux, ce sont aujourd’hui moins de 100.000 tonnes.

Pour illustrer cette explication, voici deux cartes : avant la remise en cause de marché sucrier de l’Europe par l’OMC et aujourd’hui.

Manuel Marchal


vendredi 4 septembre 2009

La Réunion absente de la signature de l’APE intermédiaire

mercredi 2 septembre 2009 - Manuel MARCHAL

Dans "Témoignages" d’hier, Maurice Cérisola, président de l’ADIR et acteur du monde économique, trouve « catastrophique » et « impensable » l’absence de La Réunion lors de la signature samedi dernier à Maurice de l’Accord de partenariat économique intérimaire entre plusieurs pays de notre région et Maurice. Comment en effet parler d’intégration dans l’environnement régional lorsqu’au moment où se prennent les décisions stratégiques, nous ne sommes pas conviés ? Cette signature sans La Réunion a lieu au moment où la synthèse locale des États généraux demande une représentativité accrue de notre île dans les négociation commerciales, alors que pour leurs part, Région et Département demandent une autre gouvernance dans ce domaine.

Maurice Cérisola juge bien plus qu’inquiétante l’absence de La Réunion de la cérémonie de signature de l’APE intermédiaire entre plusieurs pays de notre région et l’Union européenne. Pour cet acteur du monde économique réunionnais, cette situation est « catastrophique », « impensable ». Du côté du Centre de conférence des Pailles à Maurice, un pays dix fois moins peuplé que La Réunion, les Seychelles, était pour sa part bien présent. Et dans l’accord signé, nos amis seychellois ont pu préserver de la concurrence un secteur stratégique pour leur développement : la pêche.

Pour les Réunionnais, le seul secteur productif qui est exclu de l’accord est l’industrie sucrière. Mais de manière temporaire, et cela ne concerne donc, faut-il le rappeler, qu’un seul produit de la canne, le sucre roux. Il est possible d’importer de la mélasse du Pakistan, et on trouve déjà dans les rayons des grandes surfaces à Saint-Denis du sucre bio en provenance du Brésil.

Quel co-développement ?

Dans leur projet commun, le Conseil général et la Région pose la question de l’adaptation des politiques, notamment décidées à Bruxelles. « Quelle suite véritable pourraient avoir ces États généraux (…) si les APE ouvrent davantage le marché réunionnais à la concurrence des ACP voisins ? ».

Et de proposer « d’intégrer pleinement la vocation de La Réunion à être porteuse dans la zone d’une politique de co-développement durable en tant que région ultrapériphérique française de l’Union, notamment par la désignation de la Région comme chef de file en la matière ». Cela passe par une autre gouvernance, car « il n’est pas possible à la collectivité régionale de bâtir une stratégie de développement fondée sur l’insertion de La Réunion dans son environnement régional et géo-économique si elle n’est pas partie prenante des relations et des accords internationaux avec les pays de cet environnement. Ce qui n’est nullement contradictoire avec l’exercice de la souveraineté de l’État en dernière analyse ».

Pour sa part, la synthèse locale des États généraux souligne ceci : « un troisième niveau de décisions d’importance croissante relève des différentes organisations régionales (AfOA, Comesa, COI, etc.). Le rapprochement progressif de ces organisations en vue d’une intégration politique et économique régionale est un élément déterminant de l’avenir de l’environnement géographique de La Réunion, auquel elle doit prendre part activement pour que son projet de développement soit cohérent avec celui de ses voisins, au nom de la notion de co-développement qui a été identifiée ces dernières années ».

Séquelle de l’avant 19 mars ?

Et de préciser que « La Réunion doit aussi voir sa représentativité accrue dans les enceintes de négociation internationale, tant en matière de négociations commerciales (APE, AfOA, Comesa, SADC) que de négociations de pêche (CTOI) ou de coopération (COI) ; La Réunion pourra ainsi contribuer davantage à la gestion et à la valorisation de la ressource halieutique et de la biodiversité de l’océan Indien, comme à sa sécurité ».
On voit que se dessine clairement la volonté de prendre des responsabilités dans les décisions qui engagent l’avenir du pays pour ce qui concerne ses relations avec son environnement immédiat.

Mais La Réunion n’était pas invitée samedi, et donc elle n’a pas pu faire entendre son point de vue, noyée qu’est notre région parmi les plus de 200 que représentait la Commissaire européenne au Commerce. C’est l’illustration de ce côté condescendant évoqué hier par Maurice Cérisola dans nos colonnes. Notre île ne doit plus être absente de ces prises de décisions qui engagent notre avenir. Il en va non seulement du développement du pays, mais aussi des objectifs que souhaitent atteindre les États généraux de l’Outre-mer lancés par le président de la République.

vendredi 29 mai 2009

Un groupe réunionnais construit un hôtel d’affaires à Maurice

CLICANOO.COM | Publié le 29 mai 2009

Un groupe réunionnais fait fi de la crise internationale. Profitant de la baisse actuelle des taux d’intérêts destinée à favoriser les investissements notamment immobiliers, pronostiquant une reprise des activités économiques pour l’année prochaine, le groupe Sobefi investit près de 9 millions d’euros (400 millions de roupies) dans la construction d’un hôtel d’affaires près de l’aéroport de Plaisance, à l’île Maurice. Au moment où il finalise la mise en place d’un autre projet hôtelier cette fois dans le nord de l’île, à Balaclava, Sobefi s’apprête à inaugurer, en août prochain, ce chantier qui va durer un an. Il est situé à Plaine-Magnien, à 5 minutes de l’aéroport. Il s’agit d’un établissement 4 étoiles+ de 120 chambres sur deux étages, destiné à offrir des solutions adaptées à la demande d’une clientèle “exigeante, délicate, pressée”, des passagers en transit ou des personnes séjournant à l’île Maurice pour affaires. Pour Jean-Raoul Ismaël, promoteur de ce projet avec Christian Bègue, “Les chambres offriront un confort absolu et des équipements des plus modernes, rehaussés par un service personnalisé, qui permettra aux clients de se détendre dans un espace relaxation avec piscine, spa et gym” en attendant leur vol. Selon les promoteurs, cet hôtel aidera les compagnies aériennes à fluidifier leurs voyageurs, à faire face à leurs problèmes lorsque ces derniers sont en transit, victimes d’annulations ou de retards de vols. “Car l’hébergement est parfois problématique pour ceux qui recherchent un lieu de résidence à proximité de l’aéroport”. L’hôtel mise aussi sur l’hébergement des équipages de la quinzaine de compagnies aériennes desservant l’île Maurice. La gestion de l’hôtel de Plaisance sera confiée à un groupe de renom international, le nom de Constance est déjà avancé, un groupe gérant plusieurs hôtels de renom qui ont pour nom Prince Maurice et Belle Mare.

lundi 4 mai 2009

"La Réunion est un marché très important pour Maurice" - Xavier DUVAL

CLICANOO.COM | Publié le 4 mai 2009

Pour donner un second souffle à son industrie touristique, l’île Maurice se caractérise par sa créativité et sa réactivité. Xavier Duval, ministre du tourisme, se félicite des nouvelles passerelles lancées entre son île et La Réunion.

ournal de l’île : Cela fait deux ans que vous n’êtes pas venu à La Réunion. Pourquoi le faire aujourd’hui ?

Xavier Duval : Lors de mon dernier séjour en 2007 on avait ressenti un besoin de rapprocher les deux îles et ce rapprochement passait par une baisse des tarifs aériens entre Maurice et La Réunion. C’était une des conditions sine qua non d’un partenariat entre l’industrie touristique mauricienne et celle de La Réunion. Il nous fallait absolument faire un effort sur le prix du billet au départ de La Réunion, sachant que dans l’autre sens, il est moins cher. Je suis là aujourd’hui pour finaliser cette initiative. r.

Où en est la campagne promotionnelle, avec un billet à 199 euros au départ de La Réunion ?

Nous avons vendu 60 % des billets en trois semaines. Cette opération s’étalera jusqu’au mois de juin et le succès est fulgurant. Si bien que nous avons décidé de passer de 6000 à 9000 billets, soit une augmentation de l’offre de 50 %.

Pourquoi Maurice fait-elle les yeux doux à La Réunion actuellement ?

La Réunion constitue un marché très important pour nous. Il y a plus de 100 000 Réunionnais qui viennent chez nous tous les ans. C’est déjà considérable compte tenu de la population. Il s’agit de notre troisième marché après la France métropolitaine avec 300 000 passagers et la Grande Bretagne. J’ai toujours voulu soutenir le marché réunionnais, déjà de par mes relations avec cette île que j’aime beaucoup. Pour que les Réunionnais soient encore plus nombreux, nous ne cessons de nous réinventer.

Et que faites-vous précisément dans ce cadre ?

Maurice est connue pour ses plages et les activités nautiques, mais de plus en plus, nous valorisons les atouts de la pleine nature. La géographie de notre île n’est pas du tout escarpée et les randonnées sont de ce fait accessibles à tous. Nous avons désormais un hôtel spécialisé dans les soins ayurvédiques, tandis que les événements culturels se développent et peuvent constituer un vecteur d’attraction supplémentaire. L’homme moderne n’accumule plus les richesses, mais les expériences. Voyager c’est s’enrichir, c’est connaître et Maurice se positionne comme la destination qui offre le plus large panel possible en la matière dans la région.

Maurice souffre actuellement sur le plan touristique...

Notre tourisme souffre comme toutes les destinations du monde, mais nous avons tout de même le sentiment d’avoir été un peu moins malmenés que nos principaux concurrents de la zone que sont Les Maldives et Les Seychelles. Nous avons enregistré une baisse de 3 % en janvier de cette année par rapport à janvier 2008. En février la baisse était de 13 %, de même qu’en mars. Mais il faut dire que les chiffres de mars ont été affectés par le fait que Pâques cette année était en avril. La moitié de la baisse est probablement imputable à cette variation du calendrier. Il s’agit d’une baisse raisonnable et cela nous est bénéfique car nous apprenons à gérer une situation difficile. Cela nous oblige à la réactivité.

Quelles sont les raisons de cette baisse ?

Cela est dû à la crise essentiellement. La France métropolitaine qui est notre principal marché résiste très bien. L’Angleterre, notre second marché souffre de la crise et nous en percevons les répercussions. L’Allemagne et l’Italie sont également des marchés en récession. Il y a une baisse en termes de voyageurs, mais également en termes de rentrées de devises, puisque ceux qui viennent jusqu’à nous, dépensent moins qu’à l’habitude.

Le dumping déployé depuis l’an passé au départ de la métropole peut-il durer longtemps ?

Je ne dirai pas dumping. Soudainement en France il y a eu un public dans l’impossibilité de se rendre aux Antilles à cause de la grève. Ce public s’est mis en quête de destinations différentes et Maurice leur a offert cette possibilité. C’était un geste d’amitié et de confiance surtout dans la mesure où jamais encore Maurice n’avait autorisé des étrangers à entrer sur son territoire sans passeport. Nous l’avons ensuite étendu aux Italiens. Nous avons été très réactifs grâce à une excellente coordination entre le secteur privé et le secteur public. C’était une opération ponctuelle qu’il est nécessaire de renouveler si on veut rester proche des marchés.

Quelles sont les cibles prioritaires en 2009 ?

Nous avons nos marchés traditionnels qui sont La France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie. Nous les soutenons de toute façon. Nous avons les marchés régionaux avec l’Afrique du Sud, La Réunion, l’Inde. Ces marchés nous apportent pas mal de visiteurs grâce à des opérations ponctuelles. D’ailleurs sur l’Inde nous développons la même opération que sur La Réunion. Désormais nous ciblons les marchés émergents comme La Chine et l’Arabie Saoudite. Ainsi la compagnie Emirates est passée de 4 à 7 vols hebdomadaires et à partir de juin elle se posera chez nous 9 fois par semaine.

mercredi 18 mars 2009

La Reunion: Les collectivités poussent l’État à lâcher davantage

CLICANOO.COM | Publié le 18 mars 2009

La Région et le Département ont apporté hier leur contribution au débat. Très critiques sur l’action de l’Etat, les collectivités estiment que les réponses apportées à la crise aux Antilles pourraient, dans certains cas, être adaptées à la situation de la Réunion.

L’État et la Région sont entrés de nouveau dans une partie de ping-pong, comme lors du conflit des transporteurs, l’an dernier, ou encore lors du débat sur la continuité territoriale. Depuis trois jours, on peut aisément compter les points. Le premier est attribué au président de la Région. Paul Vergès, apparu comme l’homme du consensus, est sorti de sa discrétion en recevant dimanche une délégation du Cospar à la Pyramide inversée. Lundi soir, le préfet, Pierre-Henry Maccioni tentait de reprendre la main en jouant la carte de l’opinion sur les plateaux télévisés. Dans un communiqué transmis aux médias peu après, celui-ci indiquait qu’“il ne peut y avoir deux méthodes, deux logiques de travail, deux accords différents à l’œuvre”. La critique s’adresse directement à la Région. Un point partout, retour à l’envoyeur.
Ne pas exclure les minima sociaux
Comme on pouvait s’y attendre, la réponse de la Région ne s’est pas fait attendre. Paul Vergès accompagné de Nassimah Dindar organisait hier matin une conférence de presse dans le but d’apporter à leur tour leur “contribution” au débat en cours. “Nous ne sommes pas là pour reprendre la main, mais pour la donner”, a déclaré d’emblée Paul Vergès, même si ce dernier s’est appliqué à descendre en règle la plupart des initiatives avancées par l’État. Comme lorsque la Région critique le principe d’extension des 50 euros du Medef à l’ensemble des entreprises, même les plus petites, en cas de signature d’un protocole d’accord. “Est-ce qu’on veut aller vers l’élimination de la majorité des PME-TPE à la suite de ces accords ?”, demande Paul Vergès. Ou lorsqu’il pointe du doigt le danger qui plane sur le budget des municipalités dans le débat ouvert par le préfet sur les revenus des journaliers communaux, à savoir les bas salaires de la fonction publique territoriale. Une demande qui émanait pourtant de la Région elle-même. Après avoir longtemps souligné qu’il fallait “des réponses réunionnaises aux problèmes réunionnais”, le président de la pyramide inversée, qui n’a pas peur de la contradiction, s’étonnait hier que les réponses apportées par l’État aux Antilles ne soient pas appliquées ici. Pour la Région, l’accord des Antilles peut-être étendu à la Réunion, notamment sur les questions des prix et des minima sociaux. Pas question en revanche de participer à l’effort consenti par les collectivités antillaises - Région et Département - de 25 euros chacune pour le salarié du privé touchant jusqu’à 1,4 Smic. En Martinique, l’accord qui doit être rédigé dans les jours à venir devrait, selon Paul Vergès, inclure des primes et des bons d’achats de 150 euros aux familles modestes. Ainsi que des revalorisations des prestations familiales, l’API (allocation parent isolé) ou encore l’AAH (allocation adulte handicapée). La Région, prenant à parti le secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jégo, qui avait indiqué que “tout ce qui serait appliqué en Guadeloupe le serait également à la Réunion”, demande donc à l’État de confirmer ses dires en participant davantage à l’effort financier pour ne pas laisser les minima sociaux réunionnais, 140 000 bénéficiaires pour 250 000 familles, sur le bord de la route. “On n’a pas inventé tout ça, voilà ce qu’il y a dans les accords aux Antilles. C’est notre contribution au débat, on va le mettre entre les mains des parties, État et Cospar”, a conclu Paul Vergès. De son côté le Département a tenu un discours similaire, précisant qu’il n’avait pas changé sa position d’un iota. À défaut de participation financière, les collectivités territoriales apportent leur participation aux discussions et renvoient l’État à ses responsabilités. Mais le match n’est certainement pas terminé.

lundi 2 mars 2009

« La dimension ethnique est une constante dans les conflits sociaux en Guadeloupe »

Pour Patricia Braflan-Trebo, chargée de cours en gestion des ressources humaines à l'université des Antilles et de la Guyane, la dimension ethnique du conflit ne fait pas de doute et le phénomène de discrimination des jeunes diplômés guadeloupéens est patent.

La nature du conflit est-elle uniquement économique et sociale ?

Les conflits sociaux en Guadeloupe ont toujours une particularité liée à notre histoire : les relations sociales sont des relations socio-raciales. Chaque fois que vous avez un conflit social, vous avez non seulement une opposition de classe mais aussi une opposition de « race ». La dimension ethnique et identitaire est une constante pour des raisons historiques. La société guadeloupéenne est née de l'esclavage et de la colonisation, et elle est encore très marquée par cela aujourd'hui. L'égalité des droits n'a pas effacé les inégalités économiques. Pour emprunter la formule d'un anthropologue guadeloupéen, on peut dire que, depuis la fin de l'esclavage, « des relations nouvelles se sont formées dans les mêmes moules, sans jamais les briser ». L'héritage du passé n'a jamais été digéré et réglé.
Comment se manifestent les injustices raciales et les discriminations ?

Principalement au niveau de l'emploi des jeunes Guadeloupéens, dont certains sont hyper-diplômés et qui n'obtiennent que rarement des postes d'encadrement. La majorité des grands patrons étant des descendants de propriétaires d'esclaves ou venant de métropole, ils favorisent l'embauche de cadres blancs venant eux aussi de métropole. C'est presque inconscient, ils reproduisent leur schéma. Ils ne se rendent même pas compte de leurs pratiques discriminatoires. En ce sens, le conflit n'aura pas été inutile en faisant prendre conscience de ce problème. Une des revendications fortes, au-delà de la hausse des bas salaires, est d'ailleurs la priorité donnée à l'embauche, à compétence égale, aux Guadeloupéens d'origines africaine et indienne.
Diriez-vous que la situation est comparable à celle des banlieues en métropole ?

Le sentiment d'abandon est exactement le même. La Halde est d'ailleurs saisie en Guadeloupe dans les mêmes proportions et pour les mêmes raisons qu'en métropole. Cela dit, il y a aussi des personnes blanches parmi les manifestants, car les difficultés économiques ne touchent pas uniquement la population noire. Le conflit est à la fois ethnique et social. Les hommes politiques qui refusent de reconnaître la dimension identitaire de cette crise refusent tout simplement de voir que le modèle d'intégration français a échoué en banlieue comme en Guadeloupe. Nous savons pertinemment que nous ne sommes pas égaux en Guadeloupe. Le pouvoir est réparti principalement entre des mains blanches. Tous les hauts fonctionnaires de l'Etat, à commencer par le préfet et son équipe, sont blancs, de même que les patrons des entreprises publiques. A ce titre, l'Etat est loin de montrer l'exemple.
Croyez-vous aux états généraux proposés par Nicolas Sarkozy ?

Non, je n'y crois pas, car nous avons déjà eu des états généraux qui n'ont rien donné. La solution viendra plutôt d'une véritable présence en Guadeloupe des autorités administratives indépendantes comme la Halde ou la Haute Autorité de la concurrence pour qu'elles fassent respecter toutes les règles en vigueur sur tout le territoire français. Je reste optimiste malgré tout. Cette crise est salutaire, il fallait de toute façon crever l'abcès.

jeudi 26 février 2009

La Réunion et Inde : un moment historique

Paul Vergès a donné une conférence à l’Université Jawaharlal Nehru (New Delhi) à l’occasion de la création du centre de documentation sur le monde indianocéanique.

La Réunion a vécu mardi 24 février 2009 un grand moment en étant mise à l’honneur à la prestigieuse Université Jawaharlal Nehru. Un moment historique parce que cette Université, qui porte le nom d’un homme symbolisant l’indépendance et la grande Nation de l’Inde, est une université de grande renommée. Un évènement d’une grande portée parce que cette journée a marqué une étape de plus dans les relations culturelles de La Réunion avec des intellectuels d’une grande puissance indianocéanique et dans le partenariat engagé entre La Réunion et l’Université Jawaharal Nehru. Toute la signification de cette rencontre s’est exprimée dans le lancement officiel d’une salle de documentation sur le monde indianocéanique, dénommée “Centre de documentation de l’océan Indien Paul Vergès” et dont la plaque a été découverte.


Paul Vergès et B.B. Bhattacharya, le Président de JNU.


Les différentes interventions ont montré le partage de valeurs communes et la volonté de porter cet acte de coopération et d’échanges à un haut niveau de la connaissance et du savoir. Le Professeur B.B Bhattacharya, Président de l’Université, a ainsi rappelé les paroles du poète Rabindranath Tagore selon lesquelles c’est le mélange de cultures diverses qui fait la grandeur d’une civilisation et que tel est le cas de l’Inde. En ce sens, l’Université J. Nehru accueillant des étudiants d’origines multiples est “une petite Inde”. Le doyen du département de langues, littérature et culture, le Professeur Shankar Basu, s’est dit très favorable au développement des échanges d’enseignants et d’étudiants entre l’Inde et La Réunion.

Une Inde à la fois semblable et différente

Le Professeur K. Madavane, qui vient souvent à La Réunion, a témoigné de son expérience personnelle « dans l’hémisphère Sud ». Il a retrouvé l’Inde à Maurice et à La Réunion, mais pour lui, Indien, une Inde à la fois semblable et différente. D’où l’intérêt d’organiser des échanges pour mieux étudier ces phénomènes de transformation, de créolisation. Aussi a-t-il annoncé pour février 2010 une conférence internationale sur la littérature de l’océan Indien. Il a également proposé la création d’un Prix de littérature francophone de l’océan Indien en partenariat avec la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.

L’Université Jawaharlal Nehru abrite un Centre d’études françaises et francophones dirigé par la Professeure N. Kamala qui a insisté sur l’ouverture que représentait la francophonie. Loin de se réduire à la France hexagonale, les études du Centre accueillent les cultures maghrébines, africaines, indianocéaniques et celles sur la diaspora indienne. 

Ce centre, le seul en Inde qui forme des interprètes francophones, a été le point de départ des échanges entre l’Université de La Réunion et Jawaharlal Nehru University, sous l’impulsion en particulier de Carpanin Marimoutou, alors responsable du Laboratoire des mondes créoles et francophones. Cette journée est le fruit d’un travail engagé de longue date avec ce dernier, Françoise Vergès et le Pr Madavane. La Région a déjà commencé à aider ce centre à constituer une bibliothèque indianocéanique et cette coopération se poursuivra.

La conférence de Paul Vergès est alors pleinement entrée en résonance avec les paroles des hôtes indiens. Après avoir rappelé les spécificités de notre histoire, il a exprimé la volonté de « faire tout un travail historique pour renouer des relations avec les descendants de nos ancêtres et mieux connaître l’Inde moderne, une grande puissance ». Ce qui implique de rompre avec la colonisation des siècles passés, de s’engager sur la voie du développement durable et de s’inscrire dans l’environnement géo-économique. Il a rappelé le rôle essentiel de la culture et le sens de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise fondé sur la reconnaissance de l’égalité des cultures.

Futurs témoins d’une renaissance mondiale

Devant un large public de professeurs, de chercheurs et d’étudiants, il a analysé les éléments d’une « crise de civilisation » qui peut nous conduire au bord du chaos ou à la veille d’une renaissance. En effet, la contradiction entre l’universalité proclamée en Occident des Droits humains et l’impossibilité de réaliser matériellement l’égalité entre tous les peuples à partir du modèle occidental de croissance est significative d’une véritable « crise de civilisation », lourde d’affrontements, économiques et identitaires. Mais face à cette jeunesse rassemblée, Paul Vergès a vu en elle les futurs témoins d’une renaissance mondiale dans laquelle l’océan Indien est appelé à jouer un rôle décisif et à laquelle il nous faut tous travailler.

Cette seconde journée de visite en Inde a également été l’occasion pour la délégation de rencontrer le Ministère de la Culture du Gouvernement indien ainsi que l’Ambassadeur de France en Inde.

dimanche 22 février 2009

Jawaharlal Nehru University [India] to promote a novel tie-up with Reunion island

Parul Sharma - The HINDU, Sunday, Feb 15, 2009

A delegation from a little island in Indian Ocean -La Réunion– comes calling
NEW DELHI: Jawaharlal Nehru University here will soon host a high-profile delegation from an island in the Indian Ocean -- La Réunion -- that had some of its first indentured labour from India way back in the 19th Century.

La Réunion is located east of Madagascar, about 200 km south-west of Mauritius.

The little island has a mix of different races as it was inhabited by scores of indentured labourers from India, from Africa and other countries, who went there to work in the mid 19th Century. La Réunion is one of the overseas departments of France and an integral part of the French Republic.

The visiting delegation is scheduled to be in Delhi in the last week of February. It will be headed by Paul Verges, President of the Regional Council of La Réunion. He was the founder, in 1959, of the Communist Party of Réunion, a party which he led until he retired in 1993.

Documentation centre
A memorandum of understanding was signed between JNU and the University of Reunion in April 2007 for collaboration between the two educational institutions.

As a follow-up of that agreement, the delegation from La Réunion will announce a grant to establish a documentation centre on Indian Ocean Studies at JNU’s Centre for French and Francophone Studies at the School of Language, Literature and Culture Studies here.

“During colonial times, the colonial masters got manpower from different parts of India and other countries to work as indentured labourers in that island. Though La Réunion is a completely French-speaking territory, a number of its inhabitants are descendants of South Indians, Bengalis and Gujaratis. The literature of the island is very dynamic and engaging,” informs Prof. K. Madavane of JNU’s Centre for French and Francophone Studies.

“The people of the island want to know more about India. They want Indians to talk about Indian history, its culture, as so far they have heard it only from other sources, mainly from France. They also want JNU to collaborate on an ambitious cultural project called the ‘Museum of Civilisations and the Unity of Réunion’,” he added.

Prof. Madavane said the documentation centre on Indian Ocean Studies should be functional within the next six months.

Later, a chair on Indian Ocean Studies may be created.

Le développement de la Réunion passe-t-il par un changement de statut ?

CLICANOO.COM | Publié le 21 février 2009

Parmi les mesures annoncées jeudi soir à l’Elysée figure également la question de l’évolution institutionnelle “qui n’est pas tabou”, a dit Nicolas Sarkozy, favorable à la création d’une collectivité locale par département “si c’est le choix de la population”. Qu’en pensent nos élus ?

Mais avant même de donner la parole aux politiques, rappelons que Monseigneur Gilbert Aubry avait, dès lundi dernier, dans une interview accordée au Journal de l’île posé le débat en déclarant : “Pour permettre un meilleur exercice du pouvoir, un changement de statut peut être un levier efficace. C’est pourquoi nous suivons avec attention le débat déjà engagé aux Antilles - Guyane sur les articles 72, 73 et 74 de la Constitution, au sujet d’une évolution institutionnelle”. Et l’évêque de poursuivre : “La nature du statut peut varier selon le choix de chaque DOM et dans le cadre de la Constitution. La Réunion ne peut pas entrer dans ce cas de figure puisque l’article 73 mentionne la non-application de cette possibilité pour le département et la région de La Réunion. N’oublions pas que la Commission Balladur travaille sur une restructuration organique de la France avec des “assemblées uniques” partout. Si ce projet aboutit, La Réunion, qui est dans un statut de droit commun, devra elle aussi évoluer”. Paul Vergès, président de Région, qui n’a pu assister à la réunion de l’Elysée, jeudi soir, pour cause de déplacement en Inde, s’était lui aussi, mardi dernier, prononcé sur la question de l’évolution statutaire, dans le JIR : “Aujourd’hui, telle ou telle personnalité évoque la possibilité de l’assemblée unique, l’hypothèse d’un changement de statut. Ces suggestions sont mises en débat sans anathème. Par contraste, cela nous ramène 50 ans en arrière et on entend encore les accusations de “trahison de la République française”, de “séparatisme”... Nous ne pouvons nous empêcher d’imaginer le temps que la Réunion aurait gagné si ces irresponsables égoïstes n’avaient pas freiné le mouvement. L’augmentation de la population exige que les structures administratives donnent une réponse à cette attente de responsabilité. Sinon l’impasse sera aggravée”.
“Ce n’est pas une priorité”
Le débat sur l’évolution institutionnelle outre-mer est de nouveau ouvert. Un vieux débat. Ramenée sur le devant de la scène aux Antilles car exacerbée par la crise sociale guadeloupéenne, la question statutaire fait cependant moins vibrer les Réunionnais, hormis quelques positions bien affichées. Dans le contexte social et économique, elle ne constitue pas la priorité. Didier Robert, député UMP, le dit clairement : “la question du statut n’est pas au centre des préoccupations des Réunionnais. Aujourd’hui, les difficultés que l’on rencontre au quotidien et les objectifs que l’on peut se donner s’articulent davantage autour des questions économiques et sociales”. Selon le député-maire du Tampon, “l’évolution institutionnelle n’est pas une priorité... L’assemblée unique peut difficilement trouver sa place dans le cadre d’une région monodéparmentale comme la Réunion”. Didier Robert se dit “plutôt favorable au statut quo et à une cohérence des politiques publiques” estimant que “des efforts ont été faits localement entre les deux collectivités en terme de bonne coordination des actions”. A gauche, la tonalité n’est pas totalement différente. Patrick Lebreton n’a pas vraiment une position tranchée sur le sujet. Ni pour ni contre. Mais plutôt contre. “Les Etats généraux que nous avons demandés nous donneront l’occasion d’étudier sur le fond cette question institutionnelle”. Mais si une décision devait être prise à ce niveau, le député-maire socialiste de Saint-Joseph préfère laisser le choix à la population. “La population tranchera le moment venu”. Comme Nicolas Sarkozy, il considère que “l’évolution institutionnelle n’est pas un sujet tabou”. Sans plus. Jean-Claude Fruteau se dit quant à lui “très réservé, voire carrément opposé” à un changement statutaire qui “ferait perdre du temps et de l’énergie” à la Réunion. Le député-maire PS de Saint-Benoît pense que “le développement de la Réunion ne doit pas se poser en terme institutionnel mais bien en terme économique. Il faut que l’Etat avec sa puissance régalienne parvienne à déverrouiller les conglomérats financiers qui bloquent l’économie réunionnaise”. Les autres parlementaires de droite comme de gauche n’en pensent pas moins. En un mot, à entendre nos élus, le changement statutaire ne semble ni d’actualité ni prioritaire à la Réunion.

samedi 21 février 2009

Guadeloupe, Martinique, Réunion, Mayotte : les limites du libéralisme outre mer


Alors que la situation en Guadeloupe dégénère et s'étend aux autres dom, le secrétaire d'état à l'outre-mer multiplie les rencontres, tentant d'endiguer la déferlante venue des Caraïbes. Il s'attaque aux dérives du libéralisme appliqué sur les petites collectivités territoriales.

Samedi dernier, il rencontrait M. Bruno LASSERRE, président de l'Autorité de la concurrence. Il a évoqué avec lui les conditions d'exercice de la concurrence dans les économies des départements d'Outre-Mer. En effet, selon lui, « les marchés ultramarins sont éloignés de la métropole, peu ouverts sur leur environnement régional et reposent souvent sur une grande concentration des sociétés d'importation et de distribution. Ces caractéristiques peuvent, en partie, expliquer la différence excessive des prix à la consommation existant entre la métropole et les départements d'Outre-Mer ».

On peut en effet se poser la question du bien-fondé du copier-coller du système libéral mis en place pour des économies concernant des millions de personnes sur des micro-sociétés de quelques centaines de milliers d'habitants d'où la concurrence est quasiment absente en raison de l'étroitesse du marché.

Lors des discussions menées en Guadeloupe, Yves JEGO s'est engagé à « renforcer la transparence des prix et l'information des consommateurs ».

Le Secrétaire d'Etat va donc saisir l'Autorité de la concurrence afin de lui demander, avant l'été, « un avis sur l'exercice de la concurrence dans les départements d'Outre-Mer, et plus particulièrement sur deux sujets très importants pour l'économie de ces départements: les carburants d'une part, les mécanismes d'importation et de distribution des produits de grande consommation d'autre part ».

Hier, dès son retour des Caraïbes, Yves Jégo a entamé une série de consultations visant à « approfondir les deux sujets de fond des conflits ouverts en Martinique et en Guadeloupe ».

Dans cette optique, il va rencontrer la Fédération des entreprises d'outre-mer (FEDOM), le Président de la CGPME, le MEDEF et les représentants des chambres consulaires afin de « travailler la modification des paramètres de la future LODEOM (loi pour le développement économique de l'Outre-Mer) », afin de « faire de cet outil un moyen renforcé de protections des entreprises fragiles outre-mer ».

Yves Jégo a aussi sollicité la grande distribution, les transporteurs, les grossistes et les professionnels de l'import export pour « évoquer les circuits de distribution des produits de vie courante vendus Outre-Mer ».

Enfin, le Secrétaire d'Etat recevra, les banques, l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes) et les opérateurs télécoms.

Lors des discussions menées en Guadeloupe, M. Yves JEGO s'est engagé à renforcer la transparence des prix et l'information des consommateurs. Il a donc évoqué avec le Directeur Général de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes) « le suivi du niveau et des conditions de formation des prix dans les économies des départements d'Outre-Mer, les démarches de « chariot type », déjà présentes à La Réunion, seront généralisées à la Guadeloupe et à la Martinique. Les ultramarins disposeront d'un indicateur simple qui servira de repère pour suivre l'évolution du prix des produits de grande consommation ; un serveur téléphonique sera mis à disposition du public, qui pourra ainsi signaler les prix anormaux en vue de faciliter la programmation des enquêtes des services de l'Etat ; afin de mieux évaluer les causes des évolutions des prix, il a été envisagé l'envoi d'une mission temporaire d'appui aux services locaux ».

On peut également s'interroger sur la pertinence des circuits de distribution dans les dom. Même si l'on comprend que l'économie française se protège en favorisant, jusqu'à présent, la vente de produits en provenance de la métropole, il paraît malgré tout saugrenu de faire venir à Mayotte, par exemple, des pommes de terre ou des oignons de Bretagne, en passant par la Réunion, alors que deux îles voisines, Anjouan et Madagascar, les produisent à des coûts évidemment nettement inférieurs. Un exemple qui pourrait vraisemblablement être repris dans tout l'outre-mer.

Photovoltaïque : Aérowatt choisit les systèmes solaires Schüco

Le producteur français d'énergie éolienne et solaire a signé avec l'Allemand Schüco un contrat de fourniture de systèmes solaires photovoltaïques pour une capacité totale de 6,8 MWc. Ce partenariat doit notamment couvrir les besoins d'Aérowatt sur quatre projets (4 MWc) développés en métropole et un autre (2,8 MWc) sur l'île de La Réunion. Les systèmes Schüco (modules, structures et onduleurs) seront installés à compter du deuxième semestre 2009.

Propriétaire et exploitant au 31 décembre 2008 de 22 centrales éoliennes représentant 69 MW et de 17 sites solaires équivalant à 2,8 MWc, Aérowatt dispose d'un portefeuille de projets de 1 240 MW en éolien et de plus de 110 MWc en solaire et s'est fixé un objectif de capacité installée pour compte propre de 350 MW en éolien et de 50 MWc en solaire à horizon fin 2013.

vendredi 20 février 2009

Le projet de loi pour le développement économique de l'Outre-mer

[Les Echos, 19/02/09]

Le gouvernement veut intégrer dans le projet de loi pour le développement en Outre-mer les nouvelles baisses de charge appelées à répondre à la crise sociale antillaise. Le calendrier le contraint à amender dans la précipitation un texte dont les orientations avaient été fixées il y a déjà un an.

Consultez : L'exposé des motifs et le projet de loi pour le développement de l'Outre-Mer

et Le dossier, sur le site du ministère de l'Outre-Mer

jeudi 19 février 2009

Chiffres record du chômage à La Réunion

Temoignages, jeudi 19 février 2009 - Risham BADROUDINE

Après avoir annoncé une hausse record du chômage à La Réunion de 16,9%, soit 9.000 demandeurs d’emploi de plus, la Direction du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle de La Réunion (DTEFPR) a diffusé une analyse plus détaillée. On peut noter une aggravation de la précarité de l’emploi à La Réunion. Les emplois précaires représentent la plus grande part des offres d’emplois satisfaites. En effet, sur les offres d’emplois satisfaites, la part des emplois durables a diminué en faveur des emplois saisonniers et occasionnels.


La Réunion a connu la plus forte progression en 2008 avec 16,9%.


Toutes catégories confondues, la DTEFPR recense 87.454 demandeurs d’emploi fin décembre 2008.
Les résultats de l’étude font ressortir également une plus grande précarisation de l’emploi à La Réunion. (Voir graphique “Progression du chômage sur l’année 2008”).

0n constate également que près de 55% des offres d’emplois satisfaites concernent des emplois occasionnels et saisonniers, alors que les emplois durables ne représentent que 45%. (Voir graphiques “Répartition des offres d’emplois satisfaites” et “Évolution des offres d’emplois satisfaites sur l’année 2008”).

Autre résultat de l’étude, les contrats aidés ont fortement chuté sur une année (entre décembre 2007 et décembre 2008). Tout secteur confondu (marchand et non marchand), le déficit des contrats aidés a été de 6.237 contrats sur la période étudiée par la Direction du Travail. Les Contrats Unique d’Insertion créés n’ont pas suffi au remplacement des contrats aidés qui ont pris fin, en particulier les Contrats d’avenir ou autres CEC.

Urgence de créer des emplois durables

Notre économie ne peut pas reposer sur des emplois précaires. Cela rappelle l’urgence d’agir dès maintenant pour créer des emplois durables afin de faire face à la crise. Lors de sa conférence extraordinaire, le Parti communiste réunionnais a proposé la création de deux grands services publics, dans l’environnement et l’aide à la personne. Ce sont entre 40.000 et 60.000 emplois qui sont possibles.
A cela s’ajoute le soutien de la politique menée par le Conseil régional (notamment sur la valorisation des énergies renouvelables), la réalisation du tram-train et de la route du Littoral, le développement de nos relations avec les pays voisins afin d’atteindre particulièrement l’autonomie alimentaire…

Risham Badroudine

Le taux de chômage à La Réunion arrive en tête des régions européennes

Selon le communiqué de presse d’Eurostat du 16 Févier 2009, les taux de chômage régionaux ont varié entre 2,1% et 25,2% dans l’Union Européenne des 27. (Voir graphiques “Taux de chômage des régions UE 27”)
Les taux de chômage régionaux présentaient de fortes disparités dans l’UE27, allant de 2,1% dans la région de Zeeland, aux Pays-Bas, à 25,2% dans le département français d’Outre-mer de La Réunion.
Sur les 263 régions de l’UE27 pour lesquelles des données sont disponibles, 28 avaient un taux de chômage inférieur ou égal à 3,5% en 2007, soit la moitié de la moyenne de l’UE27. Elles incluaient 8 régions des Pays-Bas, 7 d’Italie, 5 du Royaume-Uni, 3 de République tchèque ainsi que d’Autriche et 2 régions de Belgique. À l’autre extrême, 14 régions enregistraient un taux égal ou supérieur à 14,2%, soit le double de celui de l’UE27. Elles comprenaient 5 régions d’Allemagne, 4 de France (tous les Départements d’Outre-mer), 2 d’Espagne ainsi que de Slovaquie et une région de Belgique.

Taux de chômage des jeunes : record dans les DOM

En ce qui concerne le taux de chômage des jeunes, les disparités sont très marquées. Dans l’UE27, les plus faibles taux de chômage des jeunes ont été relevés dans les régions néerlandaises de Gelderland (4,9%) et d’Utrecht (5,0%), et les plus élevés dans les départements français d’Outre-mer de la Guadeloupe (55,7%), de La Réunion (50,0%) et de la Martinique (47,8%) ainsi qu’en Sicile (37,2%), en Italie. (Voir graphique “Taux de chômage des jeunes les plus élevés des régions de l’UE 27”).
Le taux de chômage des jeunes était inférieur à 7,6%, soit la moitié de la moyenne de l’UE27, dans 26 régions : 10 aux Pays-Bas, 8 en Allemagne, 3 en République tchèque ainsi qu’en Autriche, et une en Bulgarie et en Slovaquie. Dans 12 régions, le taux était supérieur ou égal à 30,6%, soit le double de celui de l’UE27 : 6 en Italie, 3 en France (3 DOM), deux en Belgique et une en Grèce.
Aucune région n’affichait un taux de chômage des jeunes inférieur au taux de chômage global, et dans plus de 70% des régions de l’UE27, le taux de chômage des jeunes était au moins deux fois plus élevé que le taux de chômage total.


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La Réunion a connu la plus forte progression en 2008 avec 16,9%.
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Les emplois précaires représentent la plus grande part des offres d’emplois satisfaites.
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Les emplois occasionnels ont progressé en 2008 au détriment des emplois durables.


L’île de La Réunion récompensée par le Prix de l’innovation de l’Union européenne

Temoignages, jeudi 19 février 2009 - Manuel MARCHAL

La cérémonie de remise des RegioStars Awards s’est tenue lundi soir au Centre des Beaux-Arts de Bruxelles. Les 271 régions que compte l’Union avaient été invitées à soumettre des projets cofinancés par le Fonds européen de développement régional (FEDER) durant la période 2000-2006. Une des réalisations du projet d’autonomie énergétique de La Réunion a été récompensée par l’Union européenne. La Région Réunion a reçu de la Commission européenne le trophée RégioStars Awards dans la catégorie "Adaptation au changement climatique ou atténuation de ses effets".

« Normalement, quand on parle des RUP, on pense difficultés », mais quand nous voyons les RUP maintenant, notamment La Réunion, ce sont des projets novateurs : c’est en substance le discours tenu par Danuta Hübner, Commissaire européenne à la Politique régionale, lors de la remise à la Région Réunion du trophée RegioStars Awards lundi à Bruxelles. Représentant la Région Réunion à la remise du Prix, Pierre Vergès, vice-président de la collectivité, a indiqué que la Région était fière que La Réunion soit à l’avant-garde en matière d’énergies renouvelables. Le développement de cette filière à La Réunion ou ailleurs dans l’Outre-mer peut d’ailleurs être une réponse crédible à la crise sociale qui s’aggrave, a-t-il dit en substance.
Dans le contexte que nous connaissons, cette distinction a en effet une portée toute particulière. Elle résonne comme une validation de la stratégie de développement mise en œuvre depuis 1998 par la Région. À partir de cette date, des moyens ont été mis en place pour concrétiser le mot d’ordre d’autonomie énergétique en 2025. Et ils portent leurs fruits, puisque le trophée européen de l’innovation concerne des projets qui ont déjà un impact social positif.
C’est la ferme photovoltaïque gérée par SCE qui a été mis en avant par le jury des RegioStars. Elle est installée à Saint-Pierre sur les toits de la SITAR.
Le film diffusé lundi à Bruxelles à l’occasion de la remise des Prix insiste sur tout le potentiel des énergies renouvelables à La Réunion : « des dizaines de milliers de panneaux solaires sont prêts à être installés, et 40 lycées sont dans la course ». « Des milliers d’emplois sont possibles si La Réunion peut profiter de l’émergence d’un marché mondial de l’énergie ».
Cette récompense met donc en avant une vision réunionnaise de développement qui est susceptible d’apporter une réponse à la crise. Les énergies renouvelables, et plus largement les filières du développement durable sont des secteurs qui seront à l’écart de la crise. La demande d’autres modes de production d’énergie connaît en effet une croissance irréversible.
Aux côtés de La Réunion lundi soir, la Wallonie, le Pays de Galles, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et la Grèce étaient sur le devant de la scène européenne en tant que gagnants des RegioStars Awards de 2009.

Manuel Marchal

Danuta Hübner, Commissaire européenne à la Politique régionale

« Inspirer d’autres régions européennes »

« Stimuler la compétitivité et l’emploi en Europe, plus particulièrement dans le climat économique difficile qui règne actuellement, exige des idées nouvelles et un état d’esprit progressiste. Les projets innovateurs distingués aujourd’hui montrent clairement que la politique de cohésion peut faire la différence et inspirer d’autres régions européennes », a dit Danüta Hübner.
Quant au président du jury, Job Cohen, il a déclaré : « Tous les Européens ne savent pas que l’Union investit dans des milliers de projets relevant de domaines aussi divers que la santé, l’innovation ou le développement durable. Voilà qui rend l’Europe meilleure et plus forte. Il est donc tout naturel que les meilleurs projets reçoivent l’attention qu’ils méritent. C’est précisément ce à quoi sont destinés les RegioStars Awards ! ».

Un plan de sortie de crise élaboré à La Réunion et reconnu par l’Europe

Au moment où le conflit social aux Antilles s’est radicalisé, c’est un plan réunionnais de sortie de crise qui a été mis en avant par l’Union européenne à quatre jours de la rencontre des élus de l’Outre-mer et du président de la République.
En récompensant La Réunion, Bruxelles rappelle que dans l’Outre-mer, des solutions sont expérimentées pour donner un contenu concret au concept de développement durable.
Lancée dès 1971 par la décision de planter des milliers d’arbres au Port, cette politique s’est amplifiée au fil des années, jusqu’à ouvrir la perspective de créations de milliers d’emplois, et à servir de référence pour un ensemble européen composé de 27 États, soit 271 régions.
Cette récompense arrive également à un moment charnière. La spécificité RUP ne concerne en effet que sept régions, dont quatre DOM, sur les 271 régions de l’Union européenne. Avec l’élargissement à l’Europe centrale et orientale, beaucoup de ces nouvelles régions ont un revenu moyen inférieur à celui des quatre DOM où s’exprime avec vigueur le mouvement social depuis novembre dernier. Cela veut dire qu’il sera difficile de compter sur un maintien du niveau des crédits européens d’investissements dans une logique de rattrapage. Par contre, et c’est sans doute la signification de la nouvelle stratégie de la Commission européenne envers les RUP, en s’appuyant sur nos atouts, alors d’autres relations de partenariat sont possibles.
L’attribution à La Réunion du RegioAwards 2009 s’inscrit tout à fait dans cette stratégie européenne, qui fait des RUP des laboratoires de l’adaptation au changement climatique. Cela ne peut qu’amplifier la portée du projet réunionnais de développement durable, et c’est la justesse de notre cause que l’Europe a reconnue lundi.

Paul VERGES: “Le processus de blocage engagé en Guadeloupe peut tout faire craindre”

CLICANOO.COM | Publié le 19 février 2009

“Jamais dans les départements d’Outre-mer ou dans n’importe quel département français, il n’y a eu une telle cohésion se maintenant sur une telle durée, 1 mois en Guadeloupe, 15 jours en Martinique. C’est le signe éclatant qu’on ne peut plus continuer à faire la même politique de rafistolage par des mesures d’assistanat social”, dixit Paul Vergès, le président de la Région qui, pour le Journal de l’île, s’exprime sur la crise sociale aux Antilles ainsi que sur la tension qui règne localement.

Comment expliquez-vous l’importance et la durée du mouvement social qui sévit aux Antilles ?

“Je pense qu’il faut avoir une analyse globale et une perspective historique. Il y a déjà eu dans le passé des poussées de fièvre aux Antilles et à La Réunion. Aujourd’hui, il y a eu au départ une donnée conjoncturelle : un prix du carburant trop élevé par rapport à la baisse du prix de baril et aux prix du carburant dans les pays voisins. La Réunion a connu cette revendication, qui s’est ensuite exprimée en Guyane, puis aux Antilles. Mais le fait nouveau est que ce qui était latent dans ces premières manifestations s’est manifesté ouvertement et a révélé un sentiment de frustration générale portant sur les aspects de la vie quotidienne : niveau insupportable de l’augmentation des prix, augmentation du chômage, perte de confiance dans l’avenir. D’où cette longue liste de revendications soutenues par des dizaines d’organisations, syndicales, associatives, politiques. Ce qui était latent a donc éclaté au grand jour.

Pensez-vous que cette crise puisse se propager à La Réunion dans les jours à venir ?

Il est significatif que ce qui est parti de la Guadeloupe, puis propagé à la Martinique et à la Guyane s’étend à La Réunion. Qu’est-ce que cela traduit ? C’est la manifestation évidente que la majorité de la population de ces régions n’a plus confiance dans l’organisation économique et sociale de leurs sociétés ni dans l’avenir. La formulation de ces revendications immédiates marque l’état très grave de la précarité de ces populations, mais leur addition, leur globalisation montre que ces sociétés ne sont plus en état de fonctionner. Jamais dans les départements d’Outre-mer ou dans n’importe quel département français, il n’y a eu une telle cohésion se maintenant sur une telle durée, 1 mois en Guadeloupe, 15 jours en Martinique. C’est le signe éclatant qu’on ne peut plus continuer à faire la même politique de rafistolage par des mesures d’assistanat social. Ce que je viens de dire montre à l’évidence que le pouvoir, devant des structures politiques dépassées, craint avec raison l’aggravation d’une situation désormais sans contrôle. Le processus de blocage engagé en Guadeloupe peut tout faire craindre. En ce qui concerne l’extension possible à La Réunion, qui, à la veille des actions des planteurs en février 1962, pouvait imaginer que Saint-Louis serait contrôlé par les manifestants, que le maire de l’époque prendrait la fuite et, plus dramatique, que des manifestants seraient tués par balle…dans le dos ? Qui, à la veille de la saisie des émetteurs de Télé-freedom, aurait imaginé que le quartier du Chaudron s’embraserait et qu’il y aurait des morts ? Pourquoi ce qui fut possible hier ne le serait pas aujourd’hui, alors que nous sommes dans une situation beaucoup plus tendue ?

Que pensez-vous de l’attitude du gouvernement dans la gestion de cette crise antillaise ?

Aujourd’hui, le gouvernement gère une crise arrivée désormais dans une impasse. C’est le résultat d’une politique de non-développement depuis 50 ans. La conquête de l’égalité sociale ne donne plus au pouvoir la possibilité tactique des petits cadeaux octroyés à la veille d’une élection. L’égalité sociale, réalisée complètement en 1996, a touché son terme. Par contre, le non-développement, auquel s’ajoutent une forte progression démographique et une situation mondiale en crise, a pour conséquence l’augmentation du nombre de chômeurs. La Réunion compte 52 % de sa population aux minima sociaux et en dessous donc du seuil de pauvreté. Cette politique menée depuis plusieurs décennies est arrivée à son terme et ne peut plus être appliquée. L’heure du choix a sonné : soit on en reste à une situation qui sera constamment incontrôlable, soit on met en œuvre une politique de développement durable. Il ne doit pas y avoir de délai à l’inauguration de cette nouvelle étape.

Au-delà des revendications sociales, croyez-vous que ce mouvement exprime un malaise plus profond, par exemple d’ordre identitaire ou statutaire ou les deux à la fois ?

Ce que je viens de dire annonce la réponse. La situation des quatre DOM est analogue, mais non identique, car les conditions historiques, économiques, sociales et culturelles sont spécifiques à chaque société. Cela me semble évident. D’où ma réponse très claire à votre question : quel que soit le prétexte qui a été le point de départ de l’action, son ampleur et sa durée montrent le caractère global de la crise, marqué, au-delà des revendications sociales, par un contexte qui prend le dessus sur tout le reste. Quelle que soit la région outre-mer concernée, les mesures de survie sociale sont certes l’impératif du moment. En ce sens, aucune solution ne peut être trouvée si un geste fort, significatif n’est pas trouvé. Car il n’est pas possible que 52 % de la population soient en dessous du seuil de pauvreté, que 72 000 personnes touchent le RMI, qu’il y ait 120 000 illettrés. Il n’est pas possible que face à cela les responsables institutionnels, politiques et sociaux de l’île y soient indifférents ou se contentent de quelques miettes de compassion. Il y a un problème identitaire profond. Il n’y a pas de respect de la personnalité des Réunionnais et des Réunionnaises ni la prise en compte de leur désir de responsabilité. Quelles que soient les procédures administratives, il n’est pas possible que l’essentiel des cadres de la Fonction publique et du privé soient recrutés à l’extérieur. Le nombre de jeunes diplômés augmente chaque année et ils sont en droit d’interroger : Pourquoi sommes-nous diplômés et sans travail, alors que tel ou tel poste est confié à d’autres, qui n’ont peut-être pas un diplôme équivalent ? Je ne nie pas les aspects réglementaires, mais l’enjeu est quand même la cohésion de notre société. Peut-on hésiter longtemps encore à prendre des mesures de justice ? Vous évoquez la question statutaire. Il faut s’entendre sur ce terme. Pendant 50 ans, il y a eu tellement de procès d’intention entre, d’un côté, ceux qui voulaient garder leur pouvoir et leurs privilèges et, de l’autre, ceux qui anticipaient sur l’avenir et voulaient répondre aux besoins de responsabilité des acteurs sociaux et politiques en prônant le développement. Aujourd’hui, telle ou telle personnalité évoque la possibilité de l’assemblée unique, l’hypothèse d’un changement de statut. Ces suggestions sont mises en débat sans anathème. Par contraste, cela nous ramène 50 ans en arrière et on entend encore les accusations de “trahison de la République française”, de “séparatisme”, etc. Nous ne pouvons nous empêcher d’imaginer le temps que La Réunion aurait gagné si ces irresponsables égoïstes n’avaient pas freiné le mouvement. L’augmentation de la population exige que les structures administratives donnent une réponse à cette attente de responsabilité. Sinon, l’impasse sera aggravée.

Qu’attendez-vous concrètement de la rencontre des principaux élus domiens, demain soir, à l’Élysée, avec le Président de la République ?

J’espère de tout mon cœur, j’espère de toutes mes forces que, devant l’extrême gravité de la situation et le danger de détérioration rapide, chacun ne se soucie que de l’intérêt général et trouve une solution qui réponde à la totalité des aspirations de nos pays. Pour cela, est nécessaire une rupture avec les séquelles du régime post-colonial. Cela trancherait avec tant d’autres réunions analogues qui ont eu lieu depuis 50 ans. La rupture, cela veut dire quoi ? Prendre enfin en compte, de façon sincère, continue, toute la société abandonnée à la pauvreté. Pour cela il faut des mesures éclatantes. Mais cet acte de sauvetage social doit être pris dans une double perspective. Il faut d’abord que ces victimes de l’évolution sociale ne sentent pas cet acte seulement comme l’expression d’une compassion humanitaire. Mais elles doivent y voir également les conditions qui ouvriront la voie à une activité productive. À ce titre, il y a, à La Réunion, un important gisement d’emplois. Je pense à l’entretien de l’environnement en zone forestière, rurale et urbaine, sans oublier la mer. Par ailleurs, le passage d’une population réunionnaise de 242 000 habitants en 1946 à 810 000 en 2008, son vieillissement, la dé-cohabitation entraînée par l’urbanisation ont provoqué une certaine rupture de la solidarité familiale. Beaucoup de personnes, âgées, handicapées, sont aujourd’hui isolées. S’ouvre là une filière considérable d’activités d’utilité sociale. C’est la perspective professionnelle qu’on doit donner à cette partie de la population. Il y a dans notre société une aspiration à évoluer dans un cadre de responsabilité et d’utilité sociale véritable, sur la base de l’égalité sociale de tous. Il faut en finir avec les facteurs qui aggravent l’inégalité depuis des décennies et sortir d’une gestion économique post-coloniale dépassée. C’est un avenir exaltant qui s’ouvre aux Réunionnais et aux Réunionnaises avec le développement durable. Nous pourrons nous libérer du poids excessif de la facture pétrolière en utilisant nos potentialités énergétiques (eau, vent, soleil, mer, volcan, biomasse). Nous pourrons éliminer progressivement la pollution des énergies fossiles (48 % venant de la houille, 32 % du carburant). Nous sommes une île dans l’océan Indien où 97 % de la pêche est assurée par des flottilles qui n’appartiennent pas aux pays riverains. La Réunion fait partie de la Commission de l’océan Indien qui représente actuellement 22 millions d’habitants et qui en comptera 43 millions en 2050. Or, la totalité des zones économiques exclusives maritimes de ces 5 îles représente la superficie de la Méditerranée et de la Baltique. Je pourrais allonger la liste, évoquer les TIC, la recherche, sans oublier les besoins immenses des îles qui nous entourent que nous pouvons satisfaire par une politique de co-développement. Nous sommes une des plus petites îles du Sud-Ouest de l’océan Indien, mais nous avons un atout majeur : une jeunesse importante et de mieux en mieux formée. Nous le répétons depuis des années contre ceux qui veulent conserver ce qu’on appelle les avantages acquis : ou nous développons notre pays ou ce sera une situation d’inégalités sociales de plus en plus incontrôlable”

Propos recueillis par Yves Mont-Rouge