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jeudi 8 octobre 2009

100 pays planchent sur la piraterie à Newport

Lutte contre la piraterie et changement climatique sont au menu du 19e sommet des puissances maritimes qui réunit à partir de mercredi plus de cent pays dont la Russie --mais pas la Chine-- dans une base navale américaine à Newport (Rhode Island, nord-est).

En guise de bienvenue, le secrétaire américain à la Marine, Ray Mabus, a plongé son auditoire d'amiraux au coeur d'une des conséquences de l'évolution climatique.

"Alors que l'Arctique sera bientôt ouvert une grande partie de l'année, les étudiants des écoles navales vont vivre dans un monde nouveau", a observé M. Mabus, qui s'exprimait devant ce forum qui se déroule durant trois jours dans l'enceinte du "US Naval War College", un centre de formation pour officiers de carrière situé sur une base navale.

"Il faut prendre acte des conséquences sur la sécurité mondiale qu'a le changement climatique, et participer à la recherche de sources alternatives d'énergie pour les flottes", a-t-il dit.

L'amiral Gary Roughead, commandant en chef de la Marine américaine, s'est lui attaqué au problème de la piraterie qui se pose avec une acuité particulière ces derniers mois, surtout au large de la Somalie où des flottes de plusieurs pays tentent de protéger la navigation.

"La lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden est un exemple sans précédent de coopération, qui doit être étendue à des secteurs comme l'environnement et la lutte contre les trafics, qu'il s'agisse de de stupéfiants ou de trafic d'êtres humains", a-t-il dit devant une audience d'officiers en uniformes kaki, bleus, ou blancs selon leurs pays de provenance, aux épaulettes décorées d'étoiles.

"Vous êtes les spécialistes de vos régions et vos concours sont précieux", a-t-il lancé aux représentants des 101 pays présents. "Notre tâche est de chercher ensemble les moyens de relever les graves défis qui se présentent à nous et d'unir nos forces pour sauvegarder la paix et la sécurité au XXIe siècle".

"La piraterie est loin d'être le seul exemple (de collaboration) efficace", a souligné de son côté Ray Mabus, évoquant la coopération entre marines sud-américaines et européennes dans la localisation et la destruction de cargaisons de stupéfiants.

Dans un message vidéo, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a souligné "qu'aucun pays n'a les capacités de faire face toute seule aux défis".

Outre la Russie, le Cambodge, le Vietnam, les Maldives ou encore la Guyane participent pour la première fois à ce forum, inauguré en 1969 en pleine Guerre froide avec une quarantaine de pays "du monde libre", puis élargi après la chute de l'Union soviétique à un éventail toujours plus large de nations.

La Chine, invitée, a décliné "pour des raisons non précisées", et des pays comme l'Iran n'ont pas été conviés, a précisé l'amiral Roughead. La Libye, elle aussi sur la liste des invités, s'est désistée à la dernière minute, a-t-on précisé au service de presse.

lundi 4 mai 2009

Jeffrey Sachs : "La dérive du déficit risque de paralyser toute réforme structurelle"

Les Echos - 29/04/09

Pour l'économiste Jeffrey Sachs, Directeur du Earth Institute de la Columbia University, Barack Obama est le premier Président depuis 30 ans à pouvoir donner une impulsion décisive aux réformes structurelles dont l'Amérique a cruellement besoin. Mais il porte un regard critique sur la politique de relance keynésienne à court terme de son équipe économique.

Que pensez-vous des débuts de Barack Obama ? Peut-on parler d'une "méthode Obama" à ce stade ?

Il a démontré qu'il avait le potentiel pour être un grand Président. En même temps, il ne faut pas oublier que les nombreuses difficultés américaines actuelles ont des racines politiques très profondes et que tout ne peut pas changer avec l'arrivée d'un nouveau Président. Il a une vision constructive de la place de l'Amérique dans la politique globale. Il a tourné le dos à l'unilatéralisme. Il est très calme, mesuré et il a un effet apaisant dans les négociations multilatérales. Il a l'art d'écouter les autres et de parvenir à des compromis. Il sait qu'il ne peut plus taper du poing sur la table pour défendre les intérêts américains dans un monde multipolaire. Jusqu'ici, il a eu un impact significatif sur la politique étrangère. Je suis plus réservé sur le plan économique, où il y a des plus et des moins. Je suis davantage favorable aux réformes structurelles à long terme qu'à certaines mesures macro-économiques à court terme.
Sur le plan économique, comment expliquez-vous certaines hésitations apparentes ?

La situation interne est très compliquée. Nous avons vécu une période de paralysie fiscale pendant 30 ans. Le système politique américain n'est pas vraiment flexible. Nous sommes en déficit chronique et il n'y a pas de consensus pour surmonter cette situation. Le Sénat requiert désormais une majorité de 60% pour passer un texte de loi. L'usage tactique constant de l'obstruction parlementaire (filibustering) change le paysage politique et rend les réformes beaucoup plus difficiles. En dépit de l'esprit d'ouverture de Barack Obama, les Républicains se sont opposés à toutes ses initiatives jusqu'ici. Il y a eu certainement des erreurs tactiques. Je n'ai jamais été très partisan du plan de relance qui va venir alourdir un déficit considérable hérité de George Bush. Nous avons désormais un déficit de 1.800 milliards de dollars aujourd'hui, soit environ 13% du PIB. Je crains que ce déficit énorme paralyse toute réforme structurelle. Tout pourrait être bloqué au motif que le budget est hors contrôle.
Comment expliquez-vous que le Congrès n'ait pas émis d'objection à l'adoption de cette coûteuse relance ?

La crainte d'une dépression a certainement joué. En outre, le nouveau Président l'avait réclamé avec insistance et il y a aussi un certain nombre de programmes populaires dans ce plan de relance. Pour ma part, je suis nettement plus en faveur du plan budgétaire sur dix ans en matière d'énergies renouvelables, de lutte contre le réchauffement climatique, de santé et d'éducation. C'est ce que je préfère dans l'approche de la nouvelle administration. Nous avons besoin de réformes à long terme dans ce pays et j'ai peur que le plan de relance risque de les compromettre. Déjà pendant la campagne, j'avais pensé qu'il y avait un risque à dire que toutes ces réformes pouvaient être accomplies à un niveau de pression fiscale constant. Barack Obama est arrivé au pouvoir avec la promesse qu'il n'augmenterait pas les impôts pour 95% de la population. Cela me paraît largement irréaliste. Mais en Amérique nous sommes tellement allergiques à l'impôt que cela fait 30 ans que l'on n'a pas de discussion honnête à ce sujet. J'ai bien peur que cela puisse affaiblir cette administration au fil du temps. Nous devrions avoir une TVA dans ce pays et augmenter l'impôt sur le revenu (de 3 à 5 points de PIB) sur une base structurelle pour réparer le système de santé, pallier l'absence d'un filet de sécurité ou financer le développement des énergies renouvelables.
En dépit de vos doutes sur sa validité d'ensemble, le plan de relance vous paraît-il équilibré?

Les transferts budgétaires en faveur des Etats fédérés me paraissent justifiés. Mais le volet baisses d'impôts n'était pas vraiment justifié. C'est un complet gaspillage. La partie infrastructures aurait dû être programmée sur dix ans. En réalité, je ne crois pas que les Etats-Unis étaient au bord de la dépression mais seulement confrontés à une sérieuse récession cyclique et à la fin d'une bulle. Il faudrait faire une série d'erreurs grossières pour arriver à une grande dépression. Je ne crois pas que nous viendrons à bout de cette récession par des politiques budgétaires contracycliques. Mais l'équipe économique Summers-Geithner est surtout concentrée sur le court terme. Pour moi, la relance à court terme risque d'affaiblir les politiques structurelles à long terme. Alan Greenspan a créé trois bulles d'affilée par sa stratégie expansionniste et sa politique contre-cyclique excessive. Lawrence Summers (ndlr : conseiller économique de la Maison Blanche) est trop keynésien à mon goût. Les Européens n'avaient pas tort d'ouvrir la discussion sur ce point.
Que pensez-vous de la manière dont a été géré le plan de stabilisation bancaire ?

Wall Street a dicté sa loi à Washington. Je n'ai pas de problème avec la politique d'extension de la masse monétaire de la FED. Ben Bernanke a été créatif. Mais sur le plan bancaire, ce qui a été fait n'est ni transparent ni équitable. Cela me préoccupe beaucoup: il y a trop de connexions entre Goldman Sachs, Citigroup, AIG et le Trésor. La situation des banques est dramatisée à l'excès. On se leurre sur l'analyse de la "décennie perdue" japonaise. On considère comme un fait établi que le retard de la reprise au Japon était lié à la difficulté à réparer le système bancaire. Ce n'est pas la réalité. Quand la richesse a été perdue à la fin de la bulle, la demande de crédit est tombée tellement vite que les projets de financement ont chuté pendant dix ans. Les retour des lignes de crédit n'a pas entraîné de reprise parce que les entreprises et les ménages ne voulaient plus emprunter. C'est vrai ici aussi. Les ménages sont surendettés. Ils ont perdu peut-être 15.000 milliards de dollars au cours des deux dernières années. C'est pourquoi la recapitalisation des banques ne me paraît pas la priorité absolue. Nous avons besoin de moyens financiers pour la réforme de la santé, pour les énergies ou l'éducation. J'ai peur que Barack Obama soit pris au piège des contradictions entre ses agendas à court terme et à long terme. Son équipe économique n'est pas assez diversifiée.
Comment qualifier la vision de l'économie de Barack Obama ?

Barack Obama est un vrai réformateur social et un médiateur international. En bon pragmatique, il évite les extrêmes idéologiques. C'est un vrai apporteur de solutions. Rétrospectivement, Bill Clinton n'a pas vraiment introduit de changements majeurs dans la société américaine et s'est inscrit dans la continuité du cycle Reagan. En réalité, nous avons connu un cycle de 1981 à 2008 sans véritable rupture. Maintenant nous allons voir s'il y a un vrai changement de direction.

mercredi 15 avril 2009

L'OCDE critique la politique agricole de 7 pays émergents


Les économistes de l'institution doutent de la portée des mesures de soutien adoptées par ces États pour assurer leur sécurité alimentaire.


Dans un rapport de deux cents pages qu'elle vient de publier, l'OCDE passe à la loupe les politiques agricoles de sept pays émergents. Le contexte de volatilité qui s'est traduit par des hausses brutales des prix à partir de 2007 a conduit ces États (Afrique du Sud, Brésil, Chili, Inde, Ukraine, Chine et Russie) à adopter des mesures spécifiques afin de garantir leur approvisionnement alimentaire.

«Les mesures les plus courantes ont consisté à réduire ou à suspendre les droits d'importation sur les produits alimentaires, ou à imposer des obstacles à l'exportation, par exemple sous forme de taxes comme en Ukraine et en Inde», explique Andrzej Kwiecinski, coordinateur de cette étude qui met en doute l'efficacité de ces mesures. Certes, «elles sont susceptibles de réduire les risques de pénuries alimentaires à court terme mais sont de portées limitées, car elles ne permettent pas de cibler les plus nécessiteux et pénalisent des secteurs vitaux pour l'économie de ces pays» .

Un moteur de la croissance

En Inde par exemple, les limitations à l'exportation sur le riz ont affecté les consommateurs du Bangladesh et découragé les riziculteurs indiens à investir dans l'agriculture. Un secteur qui emploie pourtant 52 % de la population active et représente un moteur de la croissance. En Ukraine, les quotas d'exportation ont entraîné un manque considérable dans les céréales et réduit les recettes totales à l'exportation, d'une activité qui représente 7,6 % du PIB.


Autres mesures de soutien mis au ban dans ce rapport : les subventions à l'achat d'intrants, c'est-à-dire d'engrais et de fongicides destinés à stimuler la production. «S'il est indéniable que les prix de ces produits requérant de l'énergie ont augmenté, reconnaît Andrzej Kwiecinski, il convient d'appliquer ce type de mesures avec beaucoup de prudence.» En Chine par exemple, «seulement 30 % des quantités utilisées seraient suffisantes pour assurer les mêmes rendements».

Avec des conséquences notoires pour l'environnement. Les auteurs de l'OCDE pointent aussi du doigt les soutiens directs aux produits comme le sucre, car ils mobilisent tous les moyens des agriculteurs aux dépens d'autres cultures.

À l'inverse, l'OCDE encourage les responsables de ces sept pays à développer des initiatives plus libérales telles que les assurances couvrant les agriculteurs contre les aléas économiques, sanitaires ou climatiques. «Elles sont à même de réduire la nécessité d'intervenir sur les marchés et d'aider les exploitants à formuler des stratégies adaptées des gestions des risques.»

Les pays de l'OCDE sont-ils pour autant les plus crédibles pour donner des leçons aux pays émergents ? Ils sont les plus interventionnistes et consacrent 368 milliards de dollars au soutien de leur agriculture, soit près de cinq fois plus que les sept pays étudiés. Un combat inégal.

mercredi 18 mars 2009

Infrastructure quality will drive investment decisions, survey finds

Ninety per cent of senior executives canvassed for a new international survey on infrastructure have indicated that the availability and quality of infrastructure will affect where they locate and expand their business operations.

The report, entitled ‘Bridging the Global Infrastructure Gap’, was compiled by the Economist Intelligence Unit on behalf of KPMG International, and interrogated 328 executives from 21 countries, including South Africa.

The report, which was released on Wednesday, had material implications for South Africa, given its infrastructure backlogs as well as government’s stated commitment to implementing a R787-billion infrastructure plan over the next three years.

In fact, KPMG South Africa’s major projects director, Jeff Shaw, highlighted the fact that there was still concern about the future impacts of poor infrastructure on local businesses, noting the 2008 electricity supply disruptions as a case in point.

“It is essential that government initiatives to address the issues and to ensure that all aspects of infrastructure are upgraded are successful so as to attract investment and stimulate economic growth and job creation,” Shaw added.

Head of KPMG’s Global Infrastructure practice Nick Chism suggested that as governments around the globe grappled with the current economic crisis, they needed to recognise that infrastructure investments were still desperately needed to support critical business activities.

“Not only does improved infrastructure attract businesses and the employment and the tax revenue that is derived, but it’s recognised that infrastructure work can be an economic stimulus if managed correctly,” Chism averred.

That said, the majority of those surveyed (77%) asserted that the current level of infrastructure investment would be insufficient to help sustain long-term corporate growth.

Analysts estimated that $2-trillion dollars would be spent yearly on infrastructure until 2015, but executives from every region, including South Africa, expressed concern that this investment would not be adequate.

The survey, which was conducted in November and December, also found that:
- Senior executives believe infrastructure would increase in importance over the next five years;
- Business leaders believe governments should partner with the private sector to finance and administer major infrastructure projects; and
- That roads and power generation were the most urgent infrastructure needs.

mardi 24 février 2009

« L'énergie propre, ça n'existe pas »

26/01/2009

Jean-Marc Jancovici est l'inventeur de la méthode Bilan Carbone pour le compte de l'Ademe. Polytechnicien, expert du changement climatique, il a fondé avec Alain Grandjean Carbone 4, un cabinet d'audit et de conseil en « stratégie carbone ».

Les extraits qui vont suivre sont issus des propos de Jean-Marc Jancovici  lors de sa conférence du 12 janvier à la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre d'un cycle de conférences « Planète bleue » qui se poursuit jusqu'en juin. Pour aller plus en profondeur, consultez le site de l'auteur, très didactique : www.manicore.com

Introduction : de la dureté des lois physiques. « Les lois économiques sont moins valides que les lois physiques. Je suis un comptable du carbone : mon rôle est de confronter les organisations à la contrainte carbone (hydrocarbures en quantité finie, évitement du changement climatique). 99% des plans économiques ou sociaux qu'on fait pour l'avenir ne passent hélas pas cette contrainte. Le système bancaire ne tient que parce que « demain sera mieux qu'aujourd'hui », mais les limites physiques sont bien là. La terre contient des stocks non renouvelables : les minerais, les hydrocarbures... Elle contient aussi des stocks renouvelables : les êtres vivants, l'eau... mais ces stocks peuvent néanmoins baisser si nous les consommons trop vite. La pollution, à trop forte dose, dégrade aussi les stocks. »

Energie. « L'énergie est l'indicateur synthétique de la pression de l'Homme sur son environnement. C'est le témoin de la modification du monde : consommer de l'énergie, c'est par définition modifier son environnement.»

Prix du pétrole. « Le prix du pétrole est le prix directeur de l'énergie. Or entre 1860 et aujourd'hui, hors crises énergétiques, son prix est resté stable autour de 20 dollars le baril. En même temps, le pouvoir d'achat des ménages a été multiplié par dix. Cette baisse du prix réel de l'énergie a permis que les individus aient pu s'offrir de plus en plus de biens et de services avec un temps de travail par ailleurs en diminution. Durant les trente glorieuses, la consommation d'énergie a été multipliée par six, alors que 85% de notre énergie vient de stocks finis.

Mais un prix stable du pétrole à 20 dollars le baril dans un contexte de croissance économique ne durera pas éternellement : la ressource s'épuise, et son prix va devenir volatil. On compte mille milliards de tonnes de pétrole extractible sur la planète, mais ce pétrole ne sera pas produit en quantités croissantes ou constantes à l'avenir : nous allons arriver (ou nous sommes déjà arrivés) à un maximum de production, qui va durer « un certain temps » (5 à 25 ans selon les estimations) puis la production va décliner. La production de la mer du Nord diminue déjà de 6 à 10% par an.

Si nous ne quittons pas volontairement le pétrole, c'est lui qui va nous quitter, sous forme de rationnement ou de hausse des prix. Il y a 36 ans, en 1972, le club de Rome avait déjà indiqué que le vingt-et-unième siècle serait le siècle de toutes les ruptures, et ses membres considéraient que la croissance économique perpétuelle ne durerait en fait pas plus de quelques décennies à un siècle. Au moment du contre-choc (1985), les dirigeants politiques auraient dû laisser le prix de l'énergie à la consommation à des niveaux élevés.»

C02. « Un point commun de tous les hydrocarbures : quand on brûle du carbone, on émet du C02. Si nous cherchons à brûler tout le pétrole, le gaz et le charbon disponibles, même en quantités décroissantes à partir de 2015 (pour le pétrole), 2020 (pour le gaz), et 2040 à 2050 (pour le charbon), le climat planétaire se réchauffera de 5 degrés en un siècle. Or 5 degrés, c'est la différence entre l'ère glaciaire et aujourd'hui. Cela correspond à une modification massive de notre environnement. C'est l'océan qui donne le « la » à l'échelle du millier d'années : à partir du moment où l'équilibre des océans se rompt, le climat se modifie pendant très longtemps »

L'équation imparable. « Nous sommes pris en tenaille entre la baisse des réserves d'hydrocarbures et la hausse des températures dues au réchauffement climatique, qui arrive des décennies après les émissions. Le calcul est simple. Notre population est supposée croître de 50% d'ici 2050. Le PIB par personne est supposé croître de 2% par an dans le monde. Pour satisfaire à la contrainte carbone dans un tel contexte, qui demande une division par des deux émissions mondiales, nous devrions diviser par 10 le contenu en carbone de l'économie. Ce dernier n'a baissé « que » de 40% en 35 ans. Si nous n'y arrivons pas, comme cette division par deux des émissions mondiales de CO2 finira par arriver à cause des ressources limitées en hydrocarbures, la régulation se fera sur la population ou le PIB. Nos « habitudes de consommation » actuelles ne vont pas durer très longtemps, même si nous ne le voulons pas. »

« L'énergie propre, c'est une vue de l'esprit ». « En matière d'énergie, tout dépend de la quantité : c'est toujours la dose qui fait le poison. Sur terre, l'électricité est produite à base de charbon pour 40%, de gaz pour 20%, et de pétrole pour 5%. La voiture électrique est donc indirectement émettrice de CO2 dans l'essentiel des pays du monde, parfois plus que la voiture à essence. La civilisation internet moins polluante, ce n'est pas vrai. Un euro d'Internet est plus riche en carbone d'un euro de bouquins. Quand on regarde ce qui se passe réellement, nombre d'idées reçues volent en éclat. »

Aménagement du territoire. « La biomasse - le bois essentiellement - et l'hydroélectricité sont les deux plus grandes sources mondiales d'énergie renouvelable. Si un pays compte beaucoup de montagnes et de forêts par habitant, il dispose d'une contribution significative des énergies renouvelables. Le potentiel hydroélectrique mondial représente 3 à 4 fois l'exploitation actuelle qu'on en fait. L'éolien et le solaire ne contribueront significativement à notre mix énergétique que dans 30 à 40 ans. La priorité à partir de maintenant est donc de faire des économies d'énergie : installer des éoliennes ne va en rien éviter une crise économique massive.

Autre composante de l'aménagement du territoire : l'urbanisme industriel, avec par exemple l'organisation de l'industrie. Pour caricaturer le système, nous avons créé des unités de 1000 personnes situées à un point A qui ont pour fonction de serrer la vis gauche, puis à 3000 km de là d'autres unités ont pour mission de serrer la vis droite, avec un flux tendu entre les deux. C'est à cela que ressemble l'organisation industrielle aujourd'hui, et ce modèle ne tient que si l'énergie ne vaut rien, comme aujourd'hui. Nous avons 10 ans pour changer l'essentiel de cela. Par ailleurs, l'isolation des bâtiments et la modification de l'urbanisme nécessitent de former des centaines de milliers de personnes très vite. »

Politique globale. « Changer le PIB comme indicateur macro-économique de référence (ce qui doit être fait) pose un problème majeur de mise en œuvre : cela concerne des centaines de milliers de personnes dans le monde, de ceux qui tiennent les comptes des 185 pays à tous ceux qui ont basé des politiques publiques sur cet indicateur.

Il est intéressant de constater que les mêmes propositions émergent au même moment dans divers pays, portées par des personnes qui pourtant n'ont pas travaillé ensemble, voire ne se connaissent pas. C'est par exemple le cas de la taxe carbone, que même le patron d'Exxon a soutenue récemment ! En France, le Grenelle a eu une conséquence intéressante : il a créé un contexte dans lequel des cadres d'entreprise osent désormais se poser publiquement des questions ou faire des propositions un peu osées à leur patron, alors qu'avant cela relevait uniquement de conversations « en privé ». »

Prise de conscience. « Accepter la hausse du prix du C02, et faire comprendre aux acteurs économiques qu'ils sont entrain de se tirer une balle dans le pied est une urgence. Les grandes entreprises ne sont pas les organismes les plus difficiles à convaincre. Saint Gobain a participé au Grenelle 2 et permis des avancées sur le thermique parce qu'il a compris que c'était dans son intérêt. Les meilleurs avocats de Reach sont à l'UIC. Total est passionné par ce sujet. Le plus rétif est finalement... le consommateur final. Les activités qui en sont proches, comme la grande distribution ou les banques, sont les moins conscientes des enjeux. »

Sur le nucléaire. « Le nucléaire, aujourd'hui, c'est 15% de l'électricité mondiale, ou 5% de l'énergie primaire totale. On compte aujourd'hui 450 réacteurs dans le monde. Certes, l'effort nécessaire dans les décennies qui viennent va être de réduire la demande. Reste que le nucléaire est une solution acceptable pour produire de l'électricité. La quatrième génération de réacteurs nucléaires arrivera en 2040, de même que l'éolien de masse, ou le solaire à concentration. Pour être très provocateur, à tout prendre je préfère courir le risque que 2 réacteurs nucléaires fassent l'objet d'un accident majeur plutôt que de nous voir nous acheminer vers des guerres pour les ressources restantes qui seront, elles, menées avec des armes nucléaires. »

Plus dure sera la chute. « Le grand public pense que le monde de demain va ressembler à celui d'aujourd'hui. Or nous allons trouver à l'avenir des contraintes dont nous pensions nous être affranchis pour l'éternité. L'idée de l'énergie abondante et sans limite est un mythe dangereux. Il y aura des économies d'énergie. Mieux vaut les choisir que de se les voir imposer par les limites naturelles. A trop vouloir jouer les aveugles, on est en train de jouer avec la paix. Dans toutes les grandes ruptures économiques et sociales, il existe des risques de régimes totalitaires. Cette affaire a toutes les chances de mal se terminer politiquement. »

Propos reccueillis par Ana Lutzky pour l'Usine Nouvelle

lundi 16 février 2009

Le tourisme mondial en petite forme

Le nombre de touristes dans le monde va stagner ou reculer d'au maximum 2 % en 2009 par rapport à l'année dernière, notamment en raison de l'entrée en récession de plusieurs pays européens, estime l'Organisation mondiale du tourisme (OMT). "Avec les Amériques, l'Europe sera la région la plus affectée en terme de résultats, étant donné que les marchés-sources sont déjà, ou vont entrer en récession", commente l'OMT.

En 2008, les arrivées de touristes dans le monde se sont montées à 924 millions de visiteurs, en hausse de 2 %, selon l'OMT.

dimanche 15 février 2009

La crise financière et l’économie - Entretien avec Klaus Schmidt-Hebbel

Klaus Schmidt-Hebbel-Économiste en chef de l'OCDE

Quels sont les principaux effets de la crise financière sur l’économie réelle et quelles leçons en tirer pour l’avenir ? Le prochain numéro des Perspectives économiques de l’OCDE, qui paraîtra le 25 novembre, répondra en partie à ces questions. Klaus Schmidt-Hebbel, nouvel Économiste en chef de l’OCDE, nous a fait part de ses premières réflexions.

L’Observateur de l’OCDE : Dans sa mise à jour de septembre, l’OCDE brosse des perspectives économiques plutôt sombres pour le G7. Quelles sont selon vous les questions majeures au regard de la crise financière, et pouvez-vous nous livrer le fruit de vos réflexions avant la parution du prochain numéro des Perspectives économiques de l’OCDE ?

Klaus Schmidt-Hebbel : Notre dernière évaluation de l’économie, en septembre, est parue juste avant que les turbulences financières ne se transforment en véritable crise. Elle portait néanmoins sur les effets de trois facteurs à l’oeuvre depuis mi-2007 : la hausse des prix des produits de base, la contraction du marché immobilier dans plusieurs pays de l’OCDE et, déjà, les turbulences financières. Mais ces turbulences ont déclenché une crise systémique des marchés financiers mondiaux, qui concentre toutes les attentions.

Depuis mi-septembre, la confiance entre les acteurs des marchés financiers s’est évaporée, accompagnant une chute des transactions financières à court terme dans les grandes économies de l’OCDE et un effondrement des marchés boursiers mondiaux. Lorsqu’on en arrive à un blocage du crédit interbancaire, du financement par billets de trésorerie et des opérations sur les marchés monétaires, il n’y a plus de crédit pour les entreprises et les ménages. Les dépenses, la production et l’emploi pourraient potentiellement s’effondrer.

Les gouvernements et les banques centrales sont parfaitement conscients de ces énormes risques pour l’économie mondiale, comme le montrent les mesures radicales qu’ils ont prises ces dernières semaines. Ces mesures visent à sauver le système financier mondial en rétablissant la confiance et en reconstituant les bilans des institutions financières. Elles sont sans précédent par leur ampleur, par les nouveaux instruments qu’elles mobilisent, et par la coordination internationale entre grands pays qui les accompagne.

Il reste à savoir si ces mesures auront un effet rapide et efficace.

Quelles peuvent être les conséquences pour l’économie ?

Au département des Affaires économiques de l’OCDE, nous élaborons nos prévisions 2009-2010 pour 30 pays membres de l’OCDE et 10 pays non membres. Elles figureront dans nos Perspectives économiques le 25 novembre. Bien entendu, notre point de vue se fondera sur les données les plus récentes disponibles et sur notre vision du déploiement des effets de la crise financière.

Notre scénario de base repose sur l’hypothèse que le blocage actuel des marchés financiers à court terme prendra fin relativement vite, mais que le désendettement et la recapitalisation des banques, de même que le rétablissement de la confiance sur les marchés, prendront beaucoup plus de temps. D’où un prolongement de conditions financières restrictives, avec ses répercussions sur le crédit et, plus généralement, sur l’accès aux financements. Dans le même temps, la demande de crédit ralentit de toute façon, car la forte baisse des prix des actifs et le sentiment général d’incertitude poussent les ménages et les entreprises à restreindre leurs dépenses.

C’est pourquoi nous prévoyons un net ralentissement de l’économie mondiale, et une récession, tôt ou tard, pour de nombreux pays de l’OCDE.

La question est de savoir pour combien de temps. La reprise sera sans doute plus lente qu’après les récents ralentissements économiques, mais son rythme dépendra largement de celui de la reprise des opérations et du crédit sur les marchés financiers, même si le crédit reste relativement limité, au moins par rapport à la période 2002-2007.

Mais au-delà des interventions sur les marchés financiers, n’oublions pas que la politique macroéconomique doit également jouer un grand rôle pour atténuer l’impact récessif de la crise financière. Autrement dit, les économies s’affaiblissant rapidement et l’inflation refluant, certains pays de l’OCDE pourront se permettre de baisser les taux d’intérêt, et de stimuler l’activité par des mesures budgétaires ponctuelles, temporaires et ciblées.

Quels sont selon vous les principaux risques ?

Il y a deux grands risques, liés entre eux. D’une part, le dégel des marchés financiers et du crédit pourrait être plus long que prévu, ce qui affecterait plus gravement les dépenses, la production et l’emploi. Cela aboutirait à une récession plus profonde et plus durable.

L’autre risque est lié au coût budgétaire encore inconnu des plans de sauvetage gouvernementaux. Une fois la crise financière et la récession passées, des ajustements budgétaires seront nécessaires pour préserver la confiance dans la dette publique et dans la monnaie, en particulier dans les pays qui auront secouru leurs banques au prix fort.

Mais un élément positif s’annonce également : la baisse des prix du pétrole, des denrées alimentaires et des autres produits de base consécutifs au ralentissement économique mondial. Si celui-ci s’avère plus important que prévu, l’inflation diminuera davantage, les revenus réels des importateurs de produits de base augmenteront, et cela accroîtra la marge d’assouplissement des politiques monétaires.

Doit-on craindre une dépression mondiale ?

La dépression économique est un concept ambigu ; on peut considérer qu’il s’agit d’une récession très profonde et très longue. Nous n’en sommes certainement pas là. Bien sûr, c’est la plus grave crise financière depuis des décennies, mais une réédition de la crise des années 1930 est hautement improbable, en partie grâce aux plans de sauvetage massifs désormais en place.

Aviez-vous vu venir cette crise ?

La plupart des économistes savent que les cycles économiques ont leur vie propre, et ils s’attendaient à ce que l’extrême gonflement du crédit entre 2002 et 2007 et l’expansion économique se tassent à un moment ou à un autre. Mais il est impossible de prévoir avec précision le moment et l’intensité des récessions futures. Dans le cas présent, ni les économistes, ni les acteurs des marchés, ni même les gouvernements n’avaient prévu une crise financière de ce type et de cette ampleur. L’effondrement de la confiance et le gel du crédit après la faillite de Lehman Brothers ont constitué un choc non seulement pour le système, mais aussi pour la plupart des économistes et des acteurs du marché.

Quelles leçons peut-on en tirer ?

Il est encore tôt pour le dire, mais je vois d’ores et déjà des leçons à tirer dans quatre domaines. Premièrement, tout a commencé par une crise des prêts immobiliers dits « subprimes » aux États-Unis, qui s’est progressivement étendue à d’autres marchés et à d’autres pays du fait de défaillances des marchés combinées à des faiblesses réglementaires. Les défaillances des marchés tenaient à une mauvaise gouvernance et à une structure d’incitation des dirigeants d’entreprises financières inadaptée à l’impératif de stabilité de ces entreprises ; elles tenaient aussi à l’opacité des instruments financiers et de leurs transactions, ainsi qu’à un manque d’information du public sur les bilans des institutions financières et sur leurs opérations hors bilan.

Dans le même temps, il y a eu de nombreuses omissions et carences réglementaires. Beaucoup de pays n’avaient pas de réglementation complète et unifiée des conglomérats financiers et de leurs instruments de marché, alors même que les ratios de fonds propres et les règles comptables ont amplifié le mouvement conjoncturel d’endettement et de crédit bancaires. La faiblesse de la surveillance exercée par les agences de notation a également joué.

Les futures réformes réglementaires devront à l’évidence viser à améliorer les modèles d’affaires, la transparence, l’information et la surveillance des institutions financières. En outre, les acteurs des marchés financiers ne doivent pas s’imaginer que le renflouement est la norme, et les réformes devront donc réduire au minimum le risque d’« aléa moral » dans les comportements futurs sur les marchés financiers. Enfin, s’il est nécessaire de modifier profondément la régulation des marchés de capitaux et des marchés financiers, tant au niveau national qu’international, il faudra éviter le piège d’un excès de réglementation, car ceci peut aussi être très nocif, en entravant l’innovation financière, l’intégration des marchés et la croissance. Plus que de nouvelles réglementations, nous réclamons une meilleure régulation.

La deuxième leçon est que nous devons faire plus d’efforts pour renforcer les composantes anticycliques des politiques budgétaires, monétaires et financières, à la fois pour atténuer l’intensité des cycles futurs et pour réduire la probabilité d’une nouvelle crise mondiale.

Troisièmement, il faudra améliorer considérablement la planification d’urgence et la gestion de crise. En définitive, la crise actuelle a été gérée de façon assez aléatoire. Les gouvernements ont tardé à passer du renflouement d’urgence, ponctuel et sélectif, au sauvetage d’ensemble du système financier. Et c’est seulement très tard, après avoir privilégié l’élimination des actifs toxiques, qu’ils ont opté pour une aide globale en faveur des différents postes des bilans, en garantissant les dépôts et les prêts interbancaires, en se portant acquéreurs de créances douteuses des établissements bancaires et non bancaires et en procédant à des injections de capitaux. C’est seulement à la dernière minute qu’une meilleure démarche a été adoptée.

Enfin et surtout, nous devons repenser l’architecture financière internationale. Cela nécessite une coopération internationale sur la réforme de la régulation des marchés de capitaux et des marchés financiers, des normes comptables internationales et du traitement des transactions financières internationales. Le but est de renforcer l’intégration et la stabilité des marchés mondiaux de capitaux. Nous devons aussi revoir la façon dont les institutions financières internationales peuvent aider les pays en situation critique pour leurs besoins en capitaux et leurs paiements extérieurs, comme actuellement l’Islande, la Hongrie et l’Ukraine.

Ce ne sont là que quelques leçons parmi d’autres. L’OCDE peut jouer un rôle majeur pour les mettre en acte.

Vous venez de rejoindre l’OCDE après avoir passé plusieurs années à la banque centrale du Chili, pays candidat à l’adhésion à l’OCDE. En quoi votre expérience est-elle un plus pour ce nouveau poste ?

C’est exact, j’ai passé les 12 dernières années de ma carrière à la banque centrale du Chili et les huit années précédentes à la Banque mondiale. J’ai la double citoyenneté allemande et chilienne, mes enfants sont nés aux États-Unis, ma femme est chiliennogermano- costaricaine, j’ai vécu une partie de mon adolescence au Brésil et j’adore la France. Je me sens véritablement plus citoyen du monde que ressortissant d’un pays, ce qui donne une forte motivation pour travailler à l’OCDE. Ma vie professionnelle associe une expérience universitaire – je suis professeur titulaire à l’Université catholique du Chili et professeur associé à l’Université du Chili et je viens juste de quitter la présidence de l’Association économique chilienne – à des activités de recherche et de conseil à la Banque mondiale et à la banque centrale du Chili. J’ai aussi travaillé comme consultant auprès de 25 pays industrialisés et émergents et d’un grand nombre d’organisations internationales.

Je me suis spécialisé dans la croissance et les réformes structurelles, la macroéconomie et ses implications politiques, l’économie internationale et le développement, ainsi que les marchés financiers et les systèmes de retraite. J’ai travaillé à la fois dans et sur les économies en développement, émergentes ou industrielles. Je n’ai donc pas seulement analysé les mutations de l’économie mondiale ; je comprends les pressions que subissent les pays, riches ou pauvres.

Je n’aurais pas pu rejoindre l’OCDE à un moment plus exigeant, aussi bien pour nos pays membres que pour moi-même. Mais c’est un défi intellectuel que je suis prêt à relever.

Selon moi, les enjeux sont énormes, mais ont le mérite d’être clairs. Notre tâche primordiale est de nous employer activement à surmonter cette crise, et à faire en sorte que les plus touchés en souffrent le moins possible. Nous devons aussi faire encore davantage pour évaluer les options politiques et recommander les réformes structurelles nécessaires à une croissance plus forte et plus stable dans les pays membres, et pour améliorer le bien-être de leur population. Enfin, puisque les économies émergentes auront de plus en plus de poids dans l’économie mondiale, il nous faudra travailler à l’intégration de ces économies au niveau mondial et au resserrement de leurs liens avec nos pays membres. C’est pourquoi il faut soutenir pleinement la nouvelle orientation mondiale de l’OCDE menée par Angel Gurría.

Pour finir, je tiens à vous dire que je suis à la fois très heureux et très fier de rejoindre cette organisation exceptionnelle, avec ses équipes d’économistes et de spécialistes de très haut niveau. Nous avons tous à coeur de fournir le meilleur service possible à nos pays membres et de les aider à rétablir la bonne santé de nos économies et une solide croissance à long terme.

De la crise financière à la récession économique

La crise financière qui balaie les marchés mondiaux est la plus grave depuis la Grande Dépression. À l’heure où cette crise s’étend à l’économie réelle, le constat est douloureux. Comment les responsables politiques peuvent-ils aller de l’avant, avec des marges de manœuvre amoindries ?

L’ampleur et la durée de la crise restent incertaines, mais les coûts sont énormes : pertes liées aux crédits immobiliers à risque, effondrement des actions, plans de sauvetage, entre autres.

D’emblée, l’OCDE a salué les plans de sauvetage systémiques aux États-Unis et en Europe. L’injection de liquidités, l’octroi de garanties, le rachat d’actifs compromis et la recapitalisation du système bancaire devraient aider à relancer le crédit bancaire et à remettre l’économie sur les rails.

Les cycles d’expansion et de ralentissement ne sont pas nouveaux, mais les circonstances actuelles sont exceptionnelles. Cette fois, le système financier – cette machine qui fait tourner l’économie – s’est enrayé. Les États n’ont eu d’autre choix que d’intervenir.

Il faut désormais s’attaquer aux causes profondes. Alors que les marchés restent très nerveux, la crise a ébranlé la confiance envers les banques et les services financiers, et même envers l’économie de marché. Comment les États peuvent-ils restaurer la confiance et redresser les marchés ?

Comprendre les causes est un préalable à toute action efficace, car si l’on ne s’attaque pas à la racine du mal, les bulles et les crises reviendront. Chacun s’accorde à reconnaître que les marchés doivent être mieux contrôlés et réglementés, et que le gouvernement d’entreprise doit être renforcé. La main invisible du marché s’était tout simplement égarée. Dans une période de faibles taux d’intérêt, les banques ont prêté à tout va, alimentant une demande insatiable de produits financiers à haut risque, avec l’aval d’agences de notation pas assez rigoureuses. Le marché, déjà fort complexe, est devenu illisible. Et la chute des prix des actifs a révélé un marché contaminé par des emprunts « toxiques ».

La réaction a été soudaine et l’inversion de l’effet de levier brutale, mais si nul n’avait annoncé cette crise, elle n’était pas non plus totalement inattendue. Cette année, certains membres de l’OCDE se sont inquiétés de la multiplication des produits financiers à fort effet de levier et très peu régulés. Il y a plusieurs mois, nous avons mis en garde contre les lacunes des normes comptables et réglementaires, et souligné les carences du gouvernement d’entreprise.

Sans doute ignorait-on le véritable montant des dettes et la nature des acteurs exposés, mais il est clair que les structures réglementaires étaient incapables de contrôler des instruments tels que les titres adossés à des créances hypothécaires, les produits dérivés ou les contrats d’échange sur risque de défaillance.

Aujourd’hui, nous devons faire en sorte que les plans de sauvetage fonctionnent pour relancer le crédit et garantir les systèmes de paiement. Pour ce faire, les marchés doivent retrouver une certaine normalité, et réduire leur volatilité.

Nous devons aussi réfléchir au long terme, et l’OCDE s’emploie, aux côtés des gouvernements, des banques centrales et des organisations internationales, à promouvoir les nécessaires réformes des normes réglementaires et comptables, des pratiques de crédit et du gouvernement d’entreprise. Nous devons aussi entendre l’appel des dirigeants politiques à repenser l’infrastructure de gouvernance économique mondiale, afin d’accroître son efficacité et sa légitimité.

Dans l’ensemble, il faut adopter une approche plus holistique de la gestion des risques, des questions de rémunération et de la gestion responsable et éthique. Le tout doit s’appuyer sur des structures réglementaires plus solides et une mise en œuvre plus poussée de normes reconnues, telles que les Principes de gouvernement d’entreprise de l’OCDE, ainsi que sur l’éducation financière et la sensibilisation au risque de tous les utilisateurs des marchés financiers. Les politiques doivent s’étendre au-delà du seul secteur bancaire, par exemple au logement, afin que les ménages à faibles revenus ne soient pas injustement victimes de prêts immobiliers risqués.

Ce qui compte, c’est le bien-être économique des citoyens et la protection de leur logement, de leur entreprise et de leur emploi. Notre objectif ultime est d’éviter une récession mondiale durable et généralisée, de rétablir les conditions de la croissance et d’empêcher que cette crise ne se reproduise. Dès avant la crise, l’OCDE avait prévu un ralentissement dans certains pays, et à l’heure où nous préparons le prochain numéro des Perspectives économiques de l’OCDE prévu pour fin novembre, le tableau semble plus sombre encore. On ne sait pas encore dans quelle mesure l’intervention des pouvoirs publics creusera les déficits budgétaires et pèsera sur la demande globale, mais il est clair qu’une gestion budgétaire avisée sera nécessaire. De même, le ralentissement de l’inflation devrait permettre d’assouplir la politique monétaire, mais jusqu’à quel point ?

Des mesures visant à restaurer la croissance économique sont donc essentielles. Nous devons identifier les tendances de fond et les leviers d’action qui permettront de relancer la productivité et la croissance. Mais pour y parvenir, nous devons aussi traiter d’autres dossiers comme la concurrence et l’éducation, et engager les bonnes réformes. Il faudra également renforcer les mesures sociales pour faire face à la hausse prévue du chômage. Enfin, nous ne devons pas négliger d’autres enjeux, comme les objectifs d’aide au développement et la lutte contre le changement climatique.

Ces circonstances exceptionnelles peuvent conduire à redéfinir les priorités et les cadres d’action dans plusieurs pays de l’OCDE. La crise assombrit l’horizon, mais des lueurs d’espoir existent, car la baisse des prix des matières premières offre de précieuses marges d’action et la vigueur des pays émergents rééquilibre quelque peu l’économie mondiale.

L’économie de marché est en crise et les États sont désormais aux commandes. Nos dirigeants doivent résoudre ensemble la crise financière. L’OCDE, avec sa structure plurielle renouvelée et plus pertinente, est un pivot du dialogue sur les défis mondiaux et contribue à montrer la voie. En ces temps troublés, notre engagement sera indéfectible.

©L’Observateur de l’OCDE n° 269, octobre 2008

samedi 14 février 2009

L'ingénierie basque et la compagnie des Emirats arabes ont créé la compagnie Torresol Energy

Son siège social se trouvera en Biscaye et elle construira des centrales d'énergie solaire concentrée partout dans le monde.

L'ingénierie basque Sener et la compagnie d'énergies renouvelables Masdar, située à Abu Dhabi (Emirats arabes unis) se sont alliées dans une nouvelle compagnie, Torresol Energy, qui construira des centrales d'énergie solaire concentrée (ESC) partout dans le monde, les premières en Espagne, et investira 2.000 millions d'euros jusqu'à 2012.

La nouvelle compagnie veut devenir leader mondial dans le développement de projets d’énergie solaire concentrée, ont expliqué jeudi le président et conseiller délégué de Sener, Jorge Sendagorta, et le responsable de Masdar, Cheikh Ahmed Al Jaber, lors d'une conférence de presse à Bilbao, en Pays Basque.

La joint venture (avec une participation du 60% pour Sener et du 40% pour Masdar), qui compte sur un capital social initial d'environ 100 millions d'euros, a été présentée en présence du conseil général de la Biscaye, José Luis Bilbao, et l'ambassadeur des Emirats arabes unis, Cheikh Al Qortasi.

Le siège social de la nouvelle compagne se situera à Getxo (Biscaye), en Pays Basque sud. Des bureaux seront ouvert à Abu Dhabi, Madrid et San Francisco (Etats-Unis), a annoncé le président de Sener. Le projet se développera ensuite dans le Sud de l'Europe, en Proche Orient, en Afrique du Nord et aux Etats-Unis, avec des centrales prévues au Portugal, en Italie, en Grèce, à Abu Dhabi et au sud-ouest des Etats-Unis.

Torresol Energy commencera à construire trois centrales qui avaient été prévues par Sener, avec un investissement total d'environ 800 millions d'euros. Les deux premières se situeront dans la région de Séville (Andalousie) et leur construction commencera aux mois d'avril et septembre. La troisième se situera dans la région de Cadiz. Sa construction est prévue pour le premier trimestre de l'an 2009. L'objectif de la nouvelle compagnie est la construction de deux centrales par an, a indiqué le président de Sener.

La Communauté autonome basque, leader en technologie solaire

"Il est dommage que le Pays Basque ne dispose pas d'une insolation suffisante" pour y construire une telle centrale, a expliqué M. Sendagorta, ce qui n'empêche pas qu'il souhaite que le Pays Basque devienne leader mondial en technologie solaire. "Et nous sommes sur le bon chemin", a-t-il ajouté.

samedi 31 janvier 2009

Pays pauvres à vendre

Comment nourrir son peuple quand on a trop d'habitants et trop peu de terres cultivables? Il suffit d'aller les chercher où elles sont. C'est ainsi que la Chine, la Corée du Sud ou les États du Golfe se sont lancés dans une véritable course à la terre. Ce ne sont pas seulement des récoltes qu'ils achètent mais des régions entières, dans des pays qui ont déjà du mal à alimenter leur propre population. Doan Bui raconte les premiers épisodes de ce qui sera une des grandes batailles du XXIe siècle : celle de la nourriture.

Le Soudan, «j'achète !», «Et moi, le Kazakhstan !» Imaginez un Monopoly où l'on n'achèterait plus des rues, mais des pays entiers. Evidemment, comme au Monopoly, les gagnants seraient ceux qui amasseraient le plus de terres, bref, les plus riches à la banque. Les perdants? Eh bien, ce serait les fauchés, obligés de céder leur bout de terrain pour renflouer les caisses. Ce Monopoly serait un peu particulier. Il s'agirait non pas de construire des immeubles, mais d'installer des tracteurs et des machines agricoles pour produire du blé, du riz, du maïs. Bref, de la nourriture. Ce serait un jeu où les nantis, au lieu de piquer l'hôtel de la rue de la Paix au voisin ruiné, lui faucheraient ses récoltes futures. Amusant, non? Sauf qu'il ne s'agit pas d'un jeu.

Depuis quelques mois, une gigantesque partie de Monopoly planétaire est en train de se jouer. Et les participants jouent vite. Et gros. D'un côté, des pays riches ou émergents comme la Chine, la Corée du Sud ou les pays du Golfe, qui tous s'inquiètent pour leur sécurité alimentaire. De l'autre, une cohorte de pays pauvres comme le Soudan, l'Ethiopie, l'Ouganda, l'Indonésie, Madagascar... Des pays aux caisses désespérément vides, mais à qui il reste une richesse : leurs terres, si vastes, si prometteuses. A vendre ou à louer.

La terre ! Pour elle, les pays se sont déchirés en guerres meurtrières. Pour elle, les conquistadors ont bravé les mers inconnues, décimé les populations locales afin d'y planter leur drapeau. «La ruée vers les terres n'est pas un fait nouveau. Mais c'est peut-être la première fois dans l'histoire que le phénomène est complètement mondialisé. Et que le rythme est si rapide», s'inquiète Paul Mathieu, expert de la gestion des terres à la FAO (Food Agriculture Organization). Les cris d'alarme de la FAO ont été éclipsés par le krach financier. Et pourtant la crise alimentaire risque d'empirer. Conséquence directe des émeutes de la faim du printemps, les pays importateurs nets de nourriture ont fait de la sécurité de leurs approvisionnements alimentaires leur objectif politique numéro un. Début novembre, la Corée du Sud vient de frapper un grand coup en raflant la moitié - vous avez bien lu : la moitié ! - des terres arables de Madagascar. Mais ce n'est qu'un début. On parle de millions d'hectares en Indonésie ou en Afrique. «On n'arrive même pas à avoir des chiffres exacts tellement cela change vite», se«plus que désireux» de signer des accords avec les pays du Golfe. De quoi donner des sueurs froides à Jacques Diouf, le patron de la FAO, qui s'inquiète du «risque d'un néocolonialisme agraire».

Parmi les néocolons, voici les pays du Golfe. Ils ont du pétrole, des dollars. Mais pas d'eau : il y fait si chaud et si sec qu'il faut rafraîchir les quelques bêtes du cheptel avec des ventilateurs et des machines à va peur pour éviter qu elles ne meurent... Comment nourrir la population? En allongeant des pétrodollars. Les pays du Golfe importent de 69% à 90% de leur nourriture. C'était tenable. Jusqu'au printemps dernier, où les prix des denrées a explosé. «Là, ils ont eu très peur. Il était tout simplement impossible de trouver du riz, quel que soit le prix. Ils n'ont plus confiance dans les marchés mondiaux, les prix sont devenus trop volatils. Alors ils veulent sécuriser leur approvisionnement en s'achetant des terres», dit Jean-Denis Crola, de l'ONG Oxfam. Sans compter que dans des pays comme les Emirats arabes unis 80% de la population est constituée de travailleurs migrants asiatiques pauvres : le riz était ainsi devenu un sujet politique sensible. Résultat? Cet été, le Koweït, le Qatar, l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes ont envoyé diplomates et ministres dans des world tours express - six pays d'Asie du Sud-Est en dix jours - à la recherche de terres disponibles. «Nous avons des projets en Indonésie, au Soudan ou au Sénégal. C'est un accord gagnant-gagnant. Eux ont les terres, nous l'argent», explique Khalil Zainy, un businessman saoudien.

Le Cambodge n'avait jamais été autant courtisé. Le Koweït est déjà en train? d'y construire une ambassade, il veut mettre en place des vols directs Phnom Penh-Kuwait City, et signer un accord d'amitié... entre les équipes de foot nationales. Le Qatar a aussi tenté une opération de séduction auprès de Hun Sen, le Premier ministre. Qui gagnera le gros lot? Le Cambodge a annoncé qu'il devrait avoir signé d'ici à mi- 2009 et que les accords concerneraient 2,5 millions d'hectares (l'équivalent de la Bretagne). Notons que le pays continue de recevoir une aide d'urgence du Programme alimentaire mondial, ce qui permet de douter de sa capacité à nourrir à la fois sa population et celle du Golfe...

Evidemment, en Asie du Sud-Est, les pays du Golfe auront affaire à un sacré concurrent : la Chine, l'un des plus gros joueurs dans cette partie mondiale. «Who will feed China?» (qui nourrira la Chine?), demandait déjà en 1993 l'écologiste Lester Brown dans son livre choc. La question est plus que jamais d'actualité. Aujourd'hui, l'Empire du Milieu doit nourrir 1,4 milliard de bouches, soit près du quart de la population mondiale, avec seulement... 7% des terres arables. Avec l'industrialisation et l'urbanisation, le pays a vu sa superficie de terres arables se réduire de 8 millions d'hectares en moins de dix ans. Et certaines régions se désertifient à toute vitesse. Bref, qui nourrira la Chine? Les autres pays évidement ! Le gouvernement a établi une stratégie d'outsourcing agricole. Et a déjà fait main basse sur une partie de l'Afrique.

Pour y faire pousser du riz, du sésame ou du blé. Ou encore de l'huile de palme destinée à la production de biocarburants. Ah, les biocarburants ! Le nouvel or vert ! De Greenpeace à Oxfam, en passant par les Amis de la Terre, toutes les ONG dénoncent les expropriations de millions de petits paysans en Colombie, en Indonésie, en Tanzanie, au Congo... Entraînant souvent la réduction des cultures vivrières. Nourrir les hommes ou les voitures? Les voitures sont souvent plus rentables. Palmier à huile, canne à sucre, jatropha... Il faut de l'espace, des terres, alors les entreprises énergétiques font feu de tout bois. Au sens littéral du terme. «Les forêts coûtent moins cher que les terrains cultivés. C'est donc toujours plus intéressant de déforester. 1 hectare de forêt rapporte de 4 000 à 5 000 dollars s'il est converti en palmiers à huile, soit 10 à 15 fois plus que s'il était juste exploité pour le bois», dit Alain Karsenty, au Cirad. Une équation implacable qui explique pourquoi la jungle d'Amazonie ou celle de Bornéo partent en fumée, remplacées par des plantations de soja ou de palmiers à huile.

«Investissez dans des fermes !

Dans la terre !» C'est le conseil que répète inlassablement Jim Rogers, le gourou des matières premières, millionnaire globe-trotteur qui, avec George Soros, a fondé le fonds Quantum. Il a été aussitôt pris au mot. George Soros est par exemple très impliqué dans les agrocarburants et possède des terres en Argentine. Mais depuis quelques mois, avec le krach, c'est la ruée. La Deustche Bank et Goldman Sachs ont ainsi massivement investi dans des fermes et des usines de viande en Chine. Morgan Stanley a racheté 40 000 hectares en Ukraine. Une broutille par rapport aux 300 000 hectares raflés par Renaissance Capital, un hedge fund russe. «Les prix du foncier agricole sont de toute façon si bas que c'est une bonne affaire à long terme, dit Paul Mathieu. Le problème, c'est que si ces accords sont juste régis par la loi du marché, les négociations seront inégales. Les pays pauvres, ceux qui sont moins informés des prix, se feront avoir et braderont leurs biens.»

La grande arnaque? Dans certains pays, une prise de conscience politique est en train d'émerger. «La terre est un sujet très sensible. C'est l'identité des peuples mêmes qui est en jeu. Au Mozambique, on commence à réfléchir à une réforme du foncier qui reconnaîtrait les droits des communautés locales. Il y a même eu un moratoire sur la cession de terres pour des projets d'agrocarburants», explique Mchael Taylor, de l'International Land coalition. Certes, l'afflux de capitaux étrangers n'est pas en soi une mauvaise chose. Ce pourrait être une bénédiction.

A condition que l'agriculture locale en profite, que soient mis en place des systèmes de microcrédit. Sauf que le développement rural, cela prend du temps. «La tentation est d'aller vers un modèle de pillage des ressources, un peu comme la Chine en Afrique, avec une main-d'oeuvre importée et aucun bénéfice local. Mais là, attention au retour de bâton...», dit Alain Karsenty. Instabilité politique, émeutes, soulèvements... La terre a toujours provoqué les passions. Le grand Monopoly pourrait bien virer au jeu de massacre.

Doan Bui -
Le Nouvel Observateur

Voir aussi

Tableau des cas d’accaparement des terres

Main basse sur les terres agricoles en pleine crise alimentaire et financière

On vend des pays
Razzias sur terres cultivables

jeudi 29 janvier 2009

La crise détruirait 50 millions d’emplois en 2009

Par Ram Etwareea, 29/01/2009

Le Bureau international du travail prévoit un taux de chômage mondiale de 7,1% cette année, ce qui représente 230 millions de personnes sans travail, contre 5,7 en 2007

«Les tensions sociales liées à l’explosion du chômage frappent déjà de nombreux pays. La situation se dégrade et nous en sommes tous inquiets.» C’est ce qu’a déclaré le directeur du Bureau international du travail (BIT) Juan Somavia lors de la présentation du Rapport sur les tendances de l’emploi 2009 ce mercredi à Genève. Dans le pire scénario, le nombre de chômeurs pourrait augmenter jusqu’à 51 millions. Ce qui signifie un taux de chômage mondial de 7,1% et 230 millions de personnes sans travail.

A titre de comparaison, le chiffre correspondant pour 2007 était de 5,7% et 198 millions de chômeurs. En octobre dernier, le BIT avait publié une première estimation de 20 millions de destruction d’emplois liés à la crise. Le nouveau chiffre suggère que le pire est à venir.

Pays industrialisésles premiers touchés

Il n’y a pas que les licenciements. Selon l’étude du BIT, le nombre de travailleurs pauvres, c’est-à-dire ceux qui touchent moins de deux dollars par jour atteindra 1,4 milliard, soit 45% de la population active mondiale ayant un emploi. Par ailleurs, et toujours dans le pire scénario, plus de 200 millions de personnes, la plupart dans les pays en développement, pourraient venir grossir les rangs des travailleurs vulnérables. Il s’agit de ceux qui sont actifs à leur propre compte et sans aucune protection sociale.

Autres enseignements: les Etats-Unis et l’Union européenne, dont de nombreux membres sont entrés en récession, connaissent la plus forte hausse du chômage. Le taux est passé de 5,7% à 6,4% en 2008. Le nombre de chômeurs a fait un bond de 3,5 millions en un an pour atteindre 32,3 millions.

C’est le contraire en Asie de l’Est, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est où le taux de chômage pour 2008 était de 3,8%, 5,4% et 5,7%. C’est aussi cette région asiatique qui a contribué jusqu’à 57% à la création mondiale d’emplois l’an dernier. Ces données ne tiennent pas compte des millions de travailleurs migrants chinois qui ont perdu leur emploi ces derniers mois suite à la fermeture d’usines dans le pays. Dans les pays développés, la création nette d’emplois a été négative, soit moins 900 000 postes.

Juan Somavia a expliqué que de nombreux pays, essentiellement les pays industrialisés, sont dotés d’un système de protection sociale et que la grande majorité de chômeurs dans les pays en développement n’ont aucun filet de secours. C’est dans ce contexte qu’il a appelé les décideurs politiques et économiques de prendre des mesures pour atténuer le choc. Le directeur du BIT espère que les multiples plans de relance mis en place par les Etats, les mesures fiscales pour relancer la consommation et la machine industrielle, ainsi que l’apport des organisations financières internationales soulagent les travailleurs les plus vulnérables. A ce propos, il a dit craindre que le Fonds monétaire international n’impose des programmes d’austérité classiques aux pays qui font appel à son aide.

Juan Somavia a aussi lancé un appel au G20 (groupe de pays industrialisés et émergents) qui se réunit le 2 avril prochain à Londres, lui demandant d’inclure la protection sociale dans la lutte contre la crise économique.

Consulter le rapport

La leçon sino-russe au monde en crise

Par Jean-Jacques Roth, Davos pour Le Temps

Le World Economic Forum s’est ouvert avec les discours successifs des premiers ministres chinois et russe. Ils désignent les responsables de la crise, Etats-Unis en tête, et proposent leurs remèdes.

Ce sera 8%. Le chiffre le plus attendu de ce début d’année est tombé de la bouche du premier ministre chinois Wen Jiabao, en ouverture du Forum économique de Davos où il a fait escale, après sa visite de travail à Berne (LT du 28.01.09) et dans le cadre d’une tournée dans plusieurs capitales européennes.

Huit pour cent de croissance chinoise en 2009, alors que le dernier trimestre 2008 n’a affiché que 6,8%, un chiffre qui a fait craindre un essoufflement fatal du dernier moteur économique mondial. Ces 8% représentent la fourchette haute que les observateurs espéraient sans trop y croire. L’objectif est pour Wen Jiabao «nécessaire et atteignable» même s’il demandera un «gros effort». Mais de premiers signes de réchauffement sont apparus en janvier, avec une augmentation de la consommation des ménages.

Confiance, donc. Cette ambition est à l’image du message délivré par le premier ministre, qui a vanté la santé de son système financier et longuement détaillé les mesures prises par son gouvernement depuis l’éclatement de la crise financière. Réformes structurelles, plan de relance, programmes sociaux, la Chine s’est attaquée aux symptômes de la crise comme à ses racines profondes, assure-t-il. Mais ce long catalogue administré par Wen Jiabao devant les 2500 participants du WEF est aussi une leçon au monde en crise, et au monde qui a généré la crise. Pour lui, celle-ci doit son origine à des «politiques macroéconomiques non appropriées» suivies par des pays consommant trop et n’épargnant pas assez, par des pays n’ayant pas assuré une bonne surveillance de leurs marchés financiers, par des pays dont les agences de notation n’ont pas fait leur travail. Suivez le doigt levé de Wen Jiabao: c’est évidemment aux Etats-Unis que revient la responsabilité du chaos. Alors que la Chine, par sa politique «active et responsable», contribuera à la «croissance et à la stabilité du monde»

Quelques heures plus tard, en ouverture cette fois officielle du Forum, le premier ministre russe Vladimir Poutine a, sur les origines de la crise, fait une analyse quelque peu différente. «On a tendance à concentrer les critiques sur les Etats-Unis, je ne le ferai pas», a-t-il dit. Et pour cause, puisque la Chine et les Etats-Unis forment, selon lui, le couple responsable du déséquilibre, avec d’un côté celui «qui imprime l’argent nécessaire à financer sa consommation excessive» et de l’autre celui qui «fabrique des produits bon marché et encaisse les devises».

Tout oppose l’impassibilité de Wen Jiabao à la tension de Vladimir Poutine, le discours structuré du premier et celui plus décousu du second. Le danger est pourtant le même pour les deux leaders: c’est le retour du protectionnisme pour Wen Jiabao, celui de l’isolationnisme pour Vladimir Poutine. Ils en appellent à «la modération», signe éloquent du risque de la voir s’effacer devant l’ampleur des pressions.

L’un et l’autre proposent leur catalogue de solutions, qui passent sans surprise par un renforcement de la régulation et de la surveillance du système financier mondial, de nouvelles plateformes de coopération internationale et une redistribution des pouvoirs au profit des économies émergentes. Vladimir Poutine y ajoute une mise en garde impérieuse à l’adresse des pays occidentaux acculés à apporter un soutien public à leur système bancaire en péril: il faut prendre garde à ne pas «s’ingérer dans la vie économique, à ne pas avoir une foi aveugle dans les pouvoirs de l’Etat». Rappelant ce que l’économie administrée a coûté à son pays, il regrette de voir à l’œuvre «une volonté de diluer l’esprit d’entreprise». Frisson dans la salle des «global leaders»: qui eût imaginé pareil discours il y a six mois encore?

Wen Jiabao et Vladimir Poutine se répondent encore avec deux proverbes. «C’est en tombant de l’arbre qu’on apprend à marcher», a dit le Chinois. «On se renforce en marchant», a dit le Russe. La crise est donc facteur d’opportunités, aussi. Mais si chacun s’accorde à demander un monde d’après-crise plus respectueux de l’écologie et des nouveaux pouvoirs, nul n’en dessine précisément les contours. Vladimir Poutine propose au surplus un système de sécurité énergétique mondial «entre tous les acteurs de la chaîne» afin d’établir une base normative et juridique qui permettrait d’éviter les crises récemment traversées, et de stabiliser les prix. «Ce serait une création aussi importante que la Communauté du charbon et de l’acier», précurseur de la Communauté européenne. Il exige enfin une moindre dépendance vis-à-vis du dollar et un meilleur contrôle des critères d’émission de la principale monnaie de réserve.

Et le président Barack Obama? Absent de Davos, il aura entendu Vladimir Poutine se réjouir de travailler avec lui – et au moment où il s’exprimait à Davos, la Russie annonçait qu’elle différait le déploiement de missiles à Kaliningrad pour saluer le changement d’attitude de la nouvelle administration américaine. Wen Jiabao a, lui, souligné avec moins d’effusion que «le maintien des bonnes relations entre la Chine et les Etats-Unis sont dans l’intérêt du monde». Tout reste à faire.

Transport Aérien : le fret poursuit son effondrement en décembre (IATA)

L'Association Internationale du Transport Aérien (IATA) vient de publier le bilan 2008 du trafic aérien mondial, qui s'est achevé par un mois de décembre catastrophique. Le trafic fret a notamment payé un lourd tribut à la crise : il dégringole de 22,6% en glissement annuel, portant son déclin en 2008 à 4%. Le trafic passagers est médiocre, avec une baisse de 4,6% en décembre, mais une légère progression de 1,6% sur l'ensemble de l'année.

"La chute libre de 22,6% de l'activité cargo est sans précédent et violente", a expliqué le directeur général de l'organisation, Giovanni Bisignani. "Il n'y a pas description plus explicite du ralentissement du commerce mondial. Même en septembre 2001, quand la plupart de la flotte était clouée au sol, le recul était limité à 13,9%", rappelle le dirigeant. Le fret aérien représente 35% des biens échangés dans le monde en valeur.

L'IATA a constaté que les compagnies ne parvenaient pas à réduire assez vite leur offre face à la chute de la demande. L'organisation indique que le secteur a perdu 5 Milliards de Dollars au global en 2008, et devrait en perdre encore 2,5 Mds$ cette année, sur la base d'un trafic en baisse de 3% et d'un baril à 60$ en moyenne. Le chiffre d'affaires global des compagnies devrait passer de 536 Mds$ à 501 Mds$ entre 2008 et 2009.

mercredi 28 janvier 2009

Impact du changement climatique: le point de non retour serait déjà atteint

Auteur: Jean-Louis SANTINI

Le changement climatique a déjà des conséquences largement irréversibles pour un millénaire et les décisions prises aujourd'hui seront cruciales pour en minimiser l'ampleur, mettent en garde des scientifiques dans une étude publiée lundi aux Etats-Unis.

Ces travaux menés par Susan Solomon principale scientifique de l'Administration océanique et atmosphérique américaine (NOAA), montrent comment le changement de la température à la surface des océans, des précipitations dans certaines régions du globe et la montée du niveau des océans "sont largement irréversibles pour plus de mille ans après que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) auront complètement cessé".

Cette étude paraît dans les Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 26 janvier.

"Notre recherche nous persuade que les choix faits actuellement concernant les émissions de CO2 auront des retombées qui changeront irrémédiablement notre planète", déclare Susan Solomon, une des principales scientifiques du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec).

"On savait que le CO2 provenant des activités humaines et émis dans l'atmosphère peut y rester pendant des milliers d'années", ajoute cette climatologue.

"Mais cette nouvelle étude permet de faire avancer la compréhension de la manière dont ce phénomène affecte le système climatique", poursuit-elle.

Le réchauffement de la planète est freiné par les océans qui, tel un gigantesque radiateur, absorbent une grande quantité de la chaleur de l'atmosphère faisant monter leur température et fondre les glaces arctiques et antarctiques.

Non seulement cet effet va s'atténuer avec le temps mais les océans contribueront à maintenir des températures plus chaudes en dégageant la chaleur emmagasinée et ce pendant très longtemps, expliquent ces scientifiques.

Cette recherche examine les conséquences de laisser le CO2 s'accumuler dans l'atmosphère selon différents niveaux au-delà de la teneur actuelle moyenne de 385 parties par million (ppm) de CO2 et ce avant un arrêt complet de ces émissions.

Avant le début de l'ère industrielle l'atmosphère contenait seulement 280 parties par million de CO2 .

Les auteurs de ces travaux, basés sur de nombreuses mesures et plusieurs modèles informatiques, ont conclu que les preuves scientifiques étaient suffisamment solides pour d'ores et déjà quantifier certaines conséquences irréversibles du réchauffement dont le changement de la pluviosité dans plusieurs régions clé du globe ainsi que la montée du niveau des océans.

Laisser le CO2 atteindre de 450 à 600 ppm aurait pour conséquence une diminution persistante des précipitations en été comparable à la sécheresse du "Dust Bowl" en Amérique du Nord dans les années 30, en Europe du Sud, en Afrique du Nord, dans le sud-ouest des Etats-Unis, l'Afrique septentrionale et l'ouest de l'Australie.

Cette diminution des pluies qui persistera plusieurs siècles aura différentes conséquences selon les zones géographiques. Ces chercheurs citent une diminution de l'eau disponible, une plus grande fréquence des incendies, des changements de l'écosystème et une plus grande désertification.

Avec une teneur de 600 ppm de CO2, les océans monteraient de façon irréversible en moyenne de 40 centimètres à un mètre d'ici l'an 3.000 et du double, si le CO2 atmosphérique atteignait 1.000 ppm, selon ces scientifiques.

Cette étude est publiée le jour même où le président Barack Obama a annoncé plusieurs décisions inversant la politique de son prédécesseur et qui visent à lutter sérieusement contre le réchauffement.

Il a notamment demandé un réexamen immédiat du rejet par l'administration Bush de la décision de la Californie (ouest) d'imposer des normes plus strictes que celles de l'Etat fédéral pour réduire les émissions de CO2 des automobiles.

jeudi 30 octobre 2008

Deux planètes seront nécessaires pour satisfaire nos besoins en 2030

Les Echos, [30/10/08]

L'homme ne peut continuer à gaspiller les ressources naturelles au rythme actuel, montre le rapport « Planète vivante » publié par le WWF. Les espèces sauvages ont régressé d'un tiers depuis les années 1960 et notre « empreinte écologique » dépasse la capacité de régénération de la planète de 30 %.

Les discours politiques sur la défense de l'environnement et la lutte contre le changement climatique ces dernières années nous auraient presque fait oublier la réalité : l'homme ne parvient pas à inverser la tendance et continue à accroître la pression sur les milieux naturels.

L'indice qui mesure la conservation de plus de 1.600 espèces a diminué de plus de 30 % au cours des trente-cinq dernières années et la pression de l'humanité sur la planète a plus que doublé, affirme le rapport intitulé « Planète vivante », publié hier par l'association de défense de l'environnement WWF International.

Il y a quarante ans, presque tous les pays avaient la capacité de répondre à la demande de leurs propres citoyens. « Plus des trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays dont la consommation nationale excède la capacité biologique de leur pays », explique James Leape, directeur général de WWF international.

Pour convaincre de l'urgence d'agir, ce rapport, publié tous les deux ans par l'association de défense de l'environnement, un réseau de scientifiques (Global Footprint Network) et la Société zoologique de Londres, a inventé le concept d'« empreinte écologique ». Il utilise comme unité de compte non pas un équivalent monétaire comme le produit intérieur brut, mais la surface du globe utilisée par l'homme pour satisfaire ses besoins et absorber ses déchets. Calculé en hectares par personne et par an, l'indice montre qu'en 2005 la demande était de 30 % supérieure à la capacité de régénération de la planète.
Epuisement des écosystèmes

La surexploitation augmente et les écosystèmes s'épuisent, provoquant déforestation, pénurie d'eau, déclin de la biodiversité et réchauffement climatique. Si rien n'est fait, en 2030 nous aurons besoin de deux planètes pour satisfaire les demandes en biens et services de l'humanité. « La récession financière actuelle ne sera rien en comparaison de la menace d'un resserrement du crédit écologique », assène le rapport.

Bonne nouvelle dans ce paysage déprimant, si l'empreinte française a augmenté de 85 % entre 1961 et 2005 pour atteindre 4,9 hectares par personne, la courbe s'est stabilisée depuis le milieu des années 1990.

Et l'Allemagne a réussi le tour de force de continuer à conserver un produit intérieur brut en croissance tout en faisant reculer régulièrement son empreinte écologique. Les effets de la réunification, qui a provoqué la fermeture des usines les plus polluantes, mais surtout vingt ans de politique de soutien aux énergies renouvelables, à l'efficacité énergétique, et de gestion rigoureuse des déchets ont porté leurs fruits. A l'inverse, l'Espagne, championne de la construction de logements, a une empreinte de 6 hectares, moins bonne que celle de l'Allemagne de 4 hectares ! Rappelons que les plus gaspilleurs restent les Emirats arabes unis avec 9,5 hectares par personne... contre 0,5 pour le Malawi. Tout aussi impressionnante est la place de la Chine, qui s'est hissée au niveau américain en termes de consommation de capacité biologique. Pékin a bien sûr une empreinte beaucoup plus petite par personne que les Etats-Unis, mais une population plus de quatre fois supérieure. Quels que soient les effets de la crise financière sur le niveau de consommation et de production dans le monde, le prochain rapport publié dans deux ans devrait être tout aussi démoralisant. Le poids de la Chine dans la production mondiale n'a fait qu'augmenter, les Américains et les Européens n'ont pas modifié considérablement leur niveau de consommation... et Pékin a doublé l'an dernier les Etats-Unis en quantité totale de CO2 émise dans l'atmosphère.

Coface mise sur la résistance des pays émergents

Par Bruno de Roulhac, L'AGEFI, le 29/10/2008

L’assureur-crédit table encore sur une croissance mondiale de 2,5% en 2009, soit une crise moins grave que celles de 1973, 1982 et 1991

Face à l’aggravation de la crise en Europe, avec le resserrement du crédit bancaire, la baisse de l’activité et la perte de confiance, Coface a révisé ses notes pays (voir tableau). En France - placée sous surveillance négative -, les montants d’impayés ont bondi de 125 % en un an au troisième trimestre 2008. Pour autant, l’assureur-crédit estime que cette crise sera moins violente que les précédentes (1973, 1982, 1991) où la croissance mondiale était tombée sous les 2 %. Grâce à la résistance des pays émergents, qui pèsent pour 40 % du PIB mondial, Coface mise sur une croissance mondiale de 3 % en 2008 (dont 6,3 % pour les émergents) et de 2,5 % en 2009 (dont 5,6 % pour les émergents). Pour l'assureur, les émergents ont les moyens de résister, puisqu’ils sont exportateurs nets de capitaux et que leur activité dépend de la demande interne. Mais il reste des pays vulnérables : à la crise de liquidité associée au risque politique (Pakistan, Ukraine, Afrique du Sud), aux matières premières (Russie, Amérique latine) et au credit crunch (Pays baltes, Roumanie, Bulgarie, Turquie).

Cette crise devrait durer de dix-huit mois à deux ans, anticipe Coface, car «même si l’économie entre dans une longue phase de croissance atone, les entreprises s’adapteront», explique l’assureur-crédit. Sous réserve que d’autres risques ne s’ajoutent pas. Notamment un possible éclatement de la bulle dollar, ou de la bulle du surinvestissement en Chine.

Pour sa part, Coface se targue de jouer son rôle d’amortisseur, en accroissant même de 18 % depuis le début de l’année le volume de crédit interentreprises garanti en France à 52 milliards d’euros. L’assureur en profite pour relever de 10 à 15 % le taux de ses primes, qui est actuellement en France de 1,7 ‰ du chiffre d’affaires.

mardi 28 octobre 2008

Bruxelles veut réformer les consortiums maritimes

« Le moment est venu d'adapter l'exemption par catégorie dont bénéficient les consortiums maritimes aux pratiques du marché dans le secteur des transports maritimes de ligne et à la législation actuelle concernant les ententes... ».

Les propos sont signés Neelie Kroes. La Commissaire chargée des affaires de concurrence s'exprimait suite à l'ouverture d'une consultation sur le devenir des Conférences maritimes au travers d'un projet de révision de l'exemption par catégorie dont bénéficient actuellement les consortiums assurant des services de transports maritimes.

« Le règlement 823/2000 concernant l'exemption par catégorie en faveur des consortiums autorise les compagnies maritimes de ligne à conclure des accords de coopération en vue de la fourniture de services en commun (consortiums).

Le nouveau projet de règlement propose de maintenir l'autorisation de ces accords de coopération dans le cadre d'un nouvel environnement législatif et économique », explique la Commission européenne, qui invite les parties intéressées à faire part de leurs observations dans le cadre de la consultation publique qui se déroulera jusqu'au le 21 novembre 2008.

La Commission consultera ensuite les États membres en 2009 avant d'adopter, avant l'expiration en avril 2010 du règlement actuel, le règlement final sur l'exemption par catégorie.

« Un consortium est un groupement de compagnies maritimes qui coopèrent afin de fournir en commun des services de transports maritimes de marchandises. Ces accords autorisent généralement les compagnies maritimes à rationaliser leurs activités et à réaliser des économies d'échelle. Dès lors que les consortiums sont confrontés à une concurrence suffisante, les utilisateurs des services fournis par les consortiums profitent généralement des avantages qui résultent de l'amélioration de la productivité et de la qualité du service », explique Bruxelles.

En 2007, la Commission a commencé à réexaminer le règlement d'exemption par catégorie en faveur des consortiums, le règlement actuel venant à expiration le 25 avril 2010.
Selon la Commission, les modifications proposées tiennent compte des adaptations nécessaires en raison de l'abrogation, en 2006, du règlement d'exemption par catégorie en faveur des conférences maritimes.

Elles visent également à mieux refléter les pratiques actuelles du marché par une définition plus large de la notion de consortium et en agrégeant, dans certaines circonstances spécifiques, les parts de marché de consortiums liés.

Afin d'aligner le règlement d'exemption sur les règles générales de l'UE en matière de concurrence il est proposé que seuls les consortiums détenant une part de marché inférieure à 30 % puissent bénéficier de l'exemption.

En 2003, la Commission a entrepris une vaste révision des règles de concurrence appliquables aux transports maritimes. Cette révision a amené le Conseil de l'UE à abroger, en 2006, l'exemption des règles de concurrence de l'UE dont bénéficiaient les conférences maritimes de ligne et la Commission à adopter, en 2008, des lignes directrices concernant l'application des règles de concurrence aux services de transports maritimes.

« Le réexamen du règlement d'exemption par catégorie dont bénéficient actuellement les consortiums complétera la réforme des règles de concurrence appliquables aux services de transports maritimes ».