jeudi 6 août 2009

Sommet de Maputo : Réunion à huis clos entre les anciens présidents et le chef de l’Etat

Le sommet de Maputo, visant à faire sortir Madagascar de l’impasse, a débuté, hier en fin d’après-midi. Les chefs des quatre mouvances se sont réunis à huis clos.

Les retrouvailles ont été plutôt froides hier au centre de conférences de Maputo entre Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana, Albert Zafy et Andry Rajoelina. La réunion de la résolution de la crise malgache initiée par le Groupe international de contact (GIC) n''a pas débuté sous les meilleurs auspices. Même le geste fondamental du «Fihavanana» a été occulté par les protagonistes qui ont oublié de se saluer.

Une politesse qu'ils ont quand même dû exécuter lors de la prise de photo à l'issue de la cérémonie d'ouverture présidée par Joaquim Chissano. L'ancien président mozambicain a souligné dans son discours d'ouverture que l'Afrique et le monde avaient les yeux tournés vers eux et qu'il compte sur la ferveur patriotique des quatre mouvances.

Seuls Ravalomanana et Didier Ratsiraka se sont serré la main. Un geste qui n'a pas effacé la rancune du second, évincé par le premier en 2002 à l'issue d'un bras de fer de six mois, relatif au litige sur les résultats des élections présidentielles. Didier Ratsiraka a tenu à souligner que signer une charte est une chose, la respecter en est une autre, faisant allusion à l'accord de Dakar en 2002 qui avait été signé par Ravalomanana mais qu'il n'avait pas respecté. Une pique adressée à qui de droit.

La flèche a atteint sa cible puisque Marc Ravalomanana a réagi mais de façon très conciliante, annonçant qu'il reste le président de Madagascar et qu'il est capable de travailler avec tout le monde, sinon avec n'importe qui. Une prudence cauteleuse pour le grand perdant de cette crise et qui a tout à gagner à Maputo. Ravalomanana est d'ailleurs à l'origine de l'implication des pays de l'Afrique australe et de l'Union africaine dans cette crise. «On peut même rentrer ensemble dès demain», a-t-il lancé pour illustrer son optimisme et sa détermination à trouver une solution.

C'est aussi la conviction du président de la Haute autorité de la transition, Andry Rajoelina , rival direct de Ravalomanana, qui a tout de suite remis les pendules à l'heure. Il a souligné que les structures de la Transition sont bel et bien en place et qu'il n'est plus question de président de la République. «Nous sommes ici pour chercher la solution la meilleure, qui convient au peuple malgache. Je crois qu'on en trouvera à l'issue de la réunion», a-t-il affirmé.

En bon raiamandreny (sage), le professeur Albert Zafy s'est interposé pour demander une réunion à huis clos entre les quatre principaux acteurs de la réunion. Demande acceptée par le GIC dont les membres assistent au «règlement de comptes» entre les protagonistes. En revanche les membres de délégation des mouvances ont dû rester à l'extérieur de la salle, avec les nombreux journalistes qui suivent l'événement.

Marc Ravalomanana, accompagné de sa femme, s'est emmené avec une équipe de presse qui lui est restée fidèle. Andry Rajoelina est également venu avec une armada de médias de la presse écrite, de la radiodiffusion et de l'audiovisuel.

Didier Ratsiraka, dont le problème de vue s'est compliqué sérieusement, compte parmi ses accompagnateurs sa fille Annick. Aucun membre de la presse ne figure dans le camp d'Albert Zafy. Comme quoi, la bataille de Maputo risque d'être une guerre de communication. À ce propos, Rajoelina semble avoir pris l'avantage aux dépens de Ravalomanana dont le groupe de presse avait été anéanti par les pillages du 26 janvier.

La réunion s'est terminée tard dans la soirée et reprend ce matin.

Iloniaina Alain - (Source : L’express de Madagascar)

lundi 3 août 2009

La relance passe par la Chine

BARRY EICHENGREEN EST PROFESSEUR D'ECONOMIE À L'UNIVERSITE DE CALIFORNIE À BERKELEY.

Faut-il de nouveaux paquets fiscaux pour relancer la machine des pays développés ?

Aux Etats-Unis, ceux qui le réclament font remarquer que c'était irréaliste de penser qu'un plan de relance de 787 milliards de dollars pouvait compenser une baisse de 3.000 milliards de dépenses du secteur privé. Mais le contraire se défend.

Le déficit américain a atteint le chiffre alarmant de 12 % du PIB. De nouvelles dépenses creusant davantage encore le déficit ne feraient qu'alimenter les craintes concernant l'inflation et des hausses d'impôts futures. Les faibles résultats obtenus par la mise en oeuvre du plan TARP ont d'ores et déjà aliéné l'opinion publique - et le Congrès - à l'idée d'utiliser à nouveau les deniers publics pour recapitaliser les banques. Un second plan de relance n'est pas à l'ordre du jour.

Pour une hausse de la demande globale, il n'y a qu'un endroit où se tourner. Ce n'est pas vers l'Europe ou le Japon, plus endettés encore que les Etats-Unis et dont les conditions démographiques ne permettent pas d'espérer une résorption de la dette, mais plutôt vers les marchés émergents comme la Chine. Le problème est que la Chine a déjà beaucoup fait pour stimuler la demande intérieure, à la fois par le biais des dépenses gouvernementales et en donnant l'ordre aux banques d'accorder des prêts. Son marché boursier est en effervescence et le marché immobilier connaît une flambée inquiétante.

La manière pour la Chine de résoudre cette quadrature du cercle est de dépenser davantage pour les importations. Elle peut acheter plus de machines-outils ou d'équipement de transport, ses principaux achats aux Etats-Unis. Axer les dépenses sur l'importation d'équipements indispensables éviterait une surchauffe du marché chinois, encouragerait la productivité et les capacités de croissance future de l'économie, et la demande pour des produits américains, européens et japonais.

Cette stratégie comporte toutefois des risques. Permettre au renminbi de s'apprécier pour encourager les importations risque de décourager les exportations, principal moteur de la croissance chinoise. Et réduire les barrières administratives aux importations risque de canaliser plus de dépenses pour des produits étrangers que ne le souhaitent les autorités. Mais ces risques valent la peine d'être pris si la Chine veut vraiment jouer un rôle de premier plan sur la scène mondiale.

Quels bénéfices la Chine tirerait-elle d'une telle stratégie ? La réponse nous ramène à notre point de départ, la politique budgétaire américaine. La Chine s'inquiète du fait que les 1.000 milliards de dollars investis en bons du Trésor américains risquent de se dévaluer et souhaite avoir la garantie que les Etats-Unis honoreront leur dette. Elle souhaite donc voir adopter des mesures crédibles permettant d'équilibrer le budget américain une fois la récession finie.

L'administration Obama doit encore proposer une feuille de route crédible pour une consolidation du budget, une démarche qui rassurerait autant les contribuables américains que les dirigeants chinois. Nous vivons dans un monde multipolaire où ni la Chine ni les Etats-Unis ne peuvent seuls assumer un leadership économique.

Pour la Chine, le leadership signifie prendre davantage de risques. Mais pour que ces nouvelles responsabilités soient acceptables, il faut que les Etats-Unis délestent la Chine de certains risques existants. Ce n'est qu'en oeuvrant de concert que ces deux pays pourront sortir l'économie mondiale du marasme actuel.

Signature d'un accord-cadre de coopération entre la Libye et l'UE

Le secrétaire à la Coopération au comité populaire général libyen des Relations extérieures et de la Coopération internationale, Mohamed Tahar Siala, a affirmé que les négociations entre la Libye et l'Union européenne (UE) pour la conclusion d'un accord-cadre de coopération et de partenariat ont abouti à l'élaboration d'un texte d'accord.

Il faudra encore deux sessions supplémentaires de négociations prévues en octobre et décembre prochains pour finaliser l'accord entre les deux parties, a-t-il précisé.

S'exprimant, mardi à Tripoli lors d'une conférence de presse conjointe avec le directeur général des Relations extérieures à la Commission de l'UE, Hugues Mangarelli, à l'issue du 4ème round des négociations entre Tripoli et Bruxelles, pour la signature d'un accord-cadre de coopération qui a débuté lundi soir dans la capitale libyenne, M. Siala s'est félicité de l'esprit qui a prévalu pendant les séances de travail.

Pour sa part, le directeur des Relations extérieures de la Commission de l'UE, qui s'est réjoui des résultats de ce round, a souligné l'existence de divergences entre les deux parties, notamment en ce qui concerne la formulation de certaines questions relatives aux droits des réfugiés, à la coopération sur l'impunité des crimes de guerre ainsi que la réadmission des immigrés clandestins ou sur le Tribunal pénal international (TPI), affirmant que les experts se pencheront sur la manière de trouver une formule acceptable par la partie libyenne.

Mais le responsable libyen a réitéré, au sujet de la question de l'émigration clandestine, que son pays n'était pas disponible à jouer les policiers aux frontières de l'Europe en assumant seul les charges matérielles et financières qui en découlent et indiqué que la Libye, qui est un pays de transit et destination pour l'émigration, souffre autant que l'Europe de ce phénomène.

Les deux responsables ont exprimé leur optimisme quant à la possibilité de conclure, à l'issue des deux prochains rounds de négociations, un accord-cadre de coopération entre les deux parties pour l'établissement d'un partenariat solide entre Tripoli et Bruxelles.

L'accord-cadre de coopération libyo-européen doit englober les aspects politiques qui comprennent les principes généraux, le phénomène de l'émigration clandestine, la facilitation de l'octroi de visas entre l'UE et la Libye et la coopération économique et commerciale, notamment le commerce, l'économie, la coopération sectorielle dont l'enseignement, la santé, l'agriculture, les ressources maritimes, le pétrole, les douanes, le développement rural, le tourisme, la formation et le renforcement des capacités du personnel.

Les négociations entre la Libye et l'UE, qui ont été établies, rappelle-t-on, en vertu du mémorandum d'entente signé entre les deux parties le 23 juillet 2007 à Tripoli, ont débuté en novembre 2008 au siège de la Commission à Bruxelles.

Le second round s'est tenu en février 2009 dans la capitale libyenne, alors que la 3ème session de ces négociations a eu lieu en mai dernier au siège de la Commission européenne.

Source

Naissance officielle du projet pharaonique « Désertec »

Une douzaine d’industriels européens ont signé, lundi 14 juillet à Munich, un accord officialisant le lancement du vaste projet Desertec. Objectif ? Assurer 15% des besoins en électricité de l’Europe d’ici à 2050 grâce au soleil du désert nord-africain. Techniquement possible, ce programme serait très onéreux. Budget prévisionnel : 400 milliards d’euros.

Allemandes en grande majorité, douze entreprises* ont signé ce lundi un protocole d'accord pour la création du bureau d'études Desertec Industrial Initiative (DII) qui devrait être fondé au plus tard le 31 octobre 2009 sous forme de GmbH (Sarl) régie par le droit allemand, prévoit l'accord. Dès lors, plusieurs autres entreprises devraient rapidement postuler pour intégrer ce consortium.

Ce serait une révolution. Aujourd’hui commentée par la plupart des grands médias français, cette opération était d’ailleurs dévoilée en avant-première, il y a un mois déjà, par nos journalistes d’Environnement Magazine Hebdo.

Déployée à grande échelle dans le désert nord-africain d’ici 10 à 40 ans, moyennement 400 milliards d’euros, la technologie solaire thermique pourrait permettre à terme de couvrir près de 15% des besoins énergétiques européens.

Quel sera le rôle du bureau d’étude ?

Doté d’un budget de 1,8 million d’euros, il devra en trois ans analyser et permettre « la mise en œuvre d'un cadre technique, économique, politique, social et écologique ». Concrètement, l’élaboration de plans d’exploitation et des projets de financement associés devront être rapidement fixés. De même, une planification sera nécessaire afin d’organiser en amont la construction d’un nombre colossal de centrales solaires thermiques, toutes interconnectées sur un vaste territoire.

Des questions géopolitiques délicates

Quid du surplus d'énergie solaire produit ? Au minimum, celui-ci pourrait servir localement au dessalement d'eau de mer et ainsi soulager les populations de certaines régions d’Afrique du Nord. Alors que la ressource en pétrole diminue, cette contrepartie sera-t-elle suffisante pour les dirigeants des pays arabes ?

Le Prince Hassan bin Talal de Jordanie se félicite déjà : « Les partenariats qui se formeront à travers les régions grâce au projet Desertec vont ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre les peuples de l’Union européenne, de l’Asie occidentale et de l’Afrique du Nord ».

Un enthousiasme partagé bien sûr par les allemands aujourd’hui : « La création de Desertec Industrial Initiative est une étape clé dans le projet de la Fondation Desertec concernant la sécurité énergétique, aquatique et climatique, au niveau mondial » a déclaré le Dr. Gerhard Knies, Président du conseil d’administration de la Fondation Desertec.

* Les sociétés fondatrices de DII, principalement concentrées en Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord (MENA), sont les suivantes : ABB, ABENGOA Solar, Cevital, Deutsche Bank, E.ON, HSH Nordbank, MAN Solar Millennium, Münchener Rück, M+W Zander, RWE, SCHOTT Solar, SIEMENS.

Pour en savoir plus : Le site officiel de Desertec

L'OPA sur le soleil du Sahara en question

29/07/2009 | Jeune Afrique- Par : Marie-Elisabeth Bonte, à Mannheim

Pour 400 milliards d’euros, des groupes allemands veulent transformer le soleil africain en électricité. Un projet dantesque aux nombreuses zones d’ombre.

Dans quarante ans, 15 % des besoins énergétiques de l’Europe seront assurés par le Sahara. Utopie ou projet ambitieux ? Douze entreprises se sont en tout cas engagées à créer, d’ici à la fin octobre, un bureau d’études – Desertec Industrial Initiative (DII) – chargé d’analyser dans les trois ans le lancement de centrales solaires thermiques interconnectées dans les déserts du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. Un investissement de 400 milliards d’euros.

Ce n’est pas un hasard si, au rang des fondateurs de cette société, se trouvent neuf groupes allemands auprès du suisse ABB et de l’espagnol Abengoa Solar. Parmi eux : les deux géants énergétiques, E.ON et RWE ; deux multinationales industrielles, MAN et Siemens ; et les leaders mondiaux de la banque-assurance, la Deutsche Bank et Munich Ré.



Relier Tanger à Munich

L’Allemagne a au moins deux bonnes raisons de miser sur le soleil du Sahara : l’abandon du nucléaire par le pays en 2021 et la promotion de ses technologies dans les énergies renouvelables à l’international. La question n’est donc pas de déterminer la faisabilité technique du concept, même si la question du transport de l’énergie reste un sujet brûlant en l’absence d’études sur le coût de lignes haute tension entre Tanger et Munich. Par ailleurs, qui dit transport dit aussi autorité de régulation. « Comment réaliser un réseau entre l’Europe et l’Afrique du Nord quand nous attendons des autorisations pendant des années pour de plus petits projets ? » s’interroge Frank-Detlef Drake, membre du directoire de RWE. Quid aussi de la rentabilité d’un tel projet, même si les électriciens E.ON et RWE sont des débouchés tout trouvés pour l’électricité africaine ?

Le scepticisme n’est donc pas tant le fait d’ONG soucieuses de préserver les populations et les écosystèmes du désert que des acteurs eux-mêmes. « La construction de centrales solaires en Afrique du Nord est judicieuse. Le transport de l’électricité sur 3 500 km vers l’Allemagne l’est beaucoup moins. On a besoin de cette énergie sur place », objecte Stephan Kohler, directeur de l’agence allemande de l’énergie (Dena).

Mais Desertec est surtout un plébiscite allemand pour le sud de la Méditerranée. « Il eût été plus facile de transposer le concept en Chine, en Inde ou en Australie. Nous avons choisi la région Mena pour l’aspect gagnant-gagnant du projet, notamment comme vecteur d’éducation et d’industrialisation », note Michael Straub de la Desertec Foundation.



Associer les acteurs locaux

Par ailleurs, selon la Deutsche Bank, le coût du projet, équivalant à vingt fois celui du barrage des trois gorges en Chine, ne devrait pas peser sur le tour de table. Klaus Winker, son porte-parole, insiste sur la présence régionale : « Nous sommes représentés dans chacun des pays de la région, et le financement, réparti sur dix ans et sur plusieurs projets, pourra être assuré par des hedge funds, des banques internationales, la Banque européenne d’investissement (BEI), mais aussi par des banques régionales. »

Cependant, si Desertec ne veut pas rester un miroir aux alouettes, il faudra y associer les acteurs locaux. Or pour l’instant, ces derniers brillent par leur absence alors que leur contribution sera déterminante, notamment pour assurer la production de verre, d’acier et la construction des bâtiments. Avec une usine de verre plat et un projet de centrale solaire expérimentale de 3 MW, Cevital, le premier groupe privé algérien, est à ce jour le seul partenaire du sud de la Méditerranée à avoir convaincu les promoteurs de Desertec.