jeudi 29 janvier 2009

MADAGASCAR : l’histoire se répète - Nad SIVARAMEN

2009 aurait dû être une année phare pour Madagascar. Mais au lieu des bruits de chantiers en construction qui auraient dû être entendus, et ce en marge du prochain Sommet de l’Union africaine, ce sont des bruits sinistres de saccages, de pillages et de tueries qui résonnent, le tout dans un désordre urbain et des bâtiments en flammes, une scène qui une fois encore, vient remettre en question la démocratie malgache, moins de sept ans après la crise majeure de 2002.

Il est intéressant de noter les points communs entre l’épisode de 2002 et les faits qui se produisent aujourd’hui. Les rôles ont changé certes, mais le scénario est pratiquement le même. Le jeune maire de la capitale, Andry Rajoelina, appelle à la révolte populaire afin de chasser hors du pouvoir le régime du président actuel, Marc Ravalomanana, qui hier encore, alors lui- même maire de la capitale, était porté sur les épaules d’une foule affamée de changement, et accusait de dérive « autocratique » , voire « monarchique » l’Amiral Ratsiraka, aujourd’hui en exil en France.

Comme Ratsiraka hier, Ravalomanana donne l’impression d’avoir sous- estimé son adversaire politique du jour, bien plus jeune que lui.

Comme en 2002, la colère éclate à Tana, avant de gagner progressivement les autres provinces – sauf que cette fois- ci, ce sont deux politiciens des hauts plateaux qui s’affrontent, alors que le conflit entre Ravalomanana et Ratsiraka était principalement un affrontement entre les Tananariviens et les côtiers, avec des dérives ethniques et qui aura duré six longs mois.

Autre rappel sonore : l’utilisation des radios – ou des médias en général dans le cas du président- industriel Ravalomanana – dans la mobilisation d’un groupe contre un autre. On a vu les ravages que cela pouvait causer ailleurs en Afrique.

A Tana aussi, tout a commencé dans les rues après l’arrêt des émissions de Radio Viva, la station du chef de l’opposition et maire Rajoelina. Et la colère des citoyens- auditeurs – qui n’est pas sans rappeler dans une certaine mesure les événements violents de la « RadioFreedom » de Camille Sudre, qui ont fait bouillir Le Chaudron à La Réunion - ont résulté dans la destruction, entre autres, d’une chaîne de télévision privée liée au président Ravalomanana.

Pour calmer les choses, le président a dû rendre la liberté aux ondes de Radio Viva. Sa rédactrice en chef, Liane Herisoa, a déclaré à l’ » Associated Press » que M. Rajoelina avait affirmé dans un discours être soutenu par l’armée et projeter de former un gouvernement de transition.

C’est dire à quel point la cassure malgache est profonde. La Fédération internationale des journalistes a tout de suite exprimé sa très vive préoccupation suite aux récentes attaques contres les médias dans ce « climat politique très tendu » . « Cette situation de conflit politique par médias interposés n’est pas de nature à garantir un climat serein pour le travail des journalistes qui sont pris entre le marteau et l’enclume » , a déclaré Gabriel Baglo, Directeur du Bureau Afrique de la FIJ. En 2002, la communauté internationale ne savait pas vraiment comment résoudre la crise entre Ravalomanana et Ratsiraka, quand la Grande île avait deux présidents auto- proclamés.

Aujourd’hui, elle voit bien que le jeune Rajoelina est perçu dans la rue comme un héros qui veut mettre fin aux « largesses du président actuel » . La grave crise alimentaire est devenue le carburant du maire qui a promis de vendre, s’il accède au pouvoir, l’avion présidentiel afin d’acheter de la nourriture pour les démunis. Dimanche dernier, un appel a été lancé pour l’annulation du prévu sommet africain sur la terre malgache, d’aucun affirmant que ce n’était pas une priorité pour le pays.

Le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping, se dit préoccupé par la situation à Madagascar. Le ministère français des Affaires étrangères a fait part de sa vive inquiètude face aux scènes de violence, déplorant le fait qu’il y ait eu des pertes de vies humaines, tout en condamnant les actes de pillage. L’ambassade de France est en contact très étroit avec la communauté française dans la Grande île : « Nous déconseillons depuis hier ( NdlR, mardi) tout déplacement à Madagascar. » Et dire que la Banque mondiale vient tout juste de débloquer 40 millions de dollars pour soutenir les actions du gouvernement en matière de sécurité alimentaire et de... reconstruction des infrastructures du pays.

Il est grand temps donc que la tension s’apaise, et ce pour le bien des quelque 20 millions de Malgaches, nos voisins d’à côté. La politique, davantage que les cyclones, a suffisamment ravagé la Grande île...

Une fabrique de sucre artisanaux mauricien

APRÈS la rhumerie qui a été inaugurée en octobre de l’année dernière, St- Aubin Limitée ( SAL) vient cette fois avec un projet qui cadre avec Maurice Ile Durable ( MID). Appelé SABIO ( St- Aubin Artisanal and Biological Integrated Operations c’est un projet agro- touristique pour la fabrication de sucres artisanaux du type Jaggery- Khandassry comme ceux qui sont produits en Inde. Patrick Guimbeau, managing director de SAL, a eu l’idée lors d’une visite effectuée dans l’Uttar Pradesh en Inde.

C’est l’ancienne sucrerie de St- Aubin qui abritera la fabrique qui sera ouverte au public.

Un éco- musée y sera attaché. Les visiteurs pourront découvrir l’histoire de St- Aubin et de Savanne.

« Joël de Rosnay, conseiller du Premier ministre sur MID avec qui j’ai discuté du projet m’a conseillé d’aller de l’avant car c’est un projet innovateur . Et comme je crois que l’avenir se trouve dans la valeur ajoutée et le branding je suis déterminé à tout mettre en oeuvre pour le faire aboutir » , dit- il.

Au bon moment

Le MD est convaincu que cette activité arrive au bon moment car nombre d’employés qui travaillaient sur l’établissement sucrier de la région ont opté pour leur Volontary Retired Scheme ( VRS).

« Ce projet va certainement redonner l’animation d’antan à cette région avec les touristes qui viendront visiter cet espace qui gardera intacte une bonne partie de l’histoire de l’île » , explique Patrick Guimbeau.

L’ensemble du projet de SABIO nécessitera un investissement d’environ Rs 250 millions et créera plus de 100 emplois.

Le concepteur envisage une extension de la distillerie. La production de biogaz et de fertilisants liquides organiques est envisagée dans un deuxième temps.

Dans un document qui explicite le projet, provision est faite pour a low pressure and a small turbo- alternator to generate sufficient electricity to meet the electricity requirements of the artisanal sugar factory pour que la fabrique produise sa propre énergie.

La distillerie de St- Aubin en opération depuis six ans, est considérée comme le pionnier dans le développement du rhum agricole.

Elle a ciblé le marché local.

La SAL gère actuellement les activités écotourisme suivantes : La Route du Thé, La maison de la Vanille, une distillerie artisanale, l’Auberge de Saint- Aubin qui est un boarding house et une table d’hôte pour des repas traditionnels.

Le tourisme en attente d’un stimulus

Sharon SOOKNAH - L'Express de Maurice

En 2008 le secteur touristique a indiscutablement ressenti les effets de la crise financière, comme l’indiquent les chiffres présentés il y a deux jours. Maurice n’aura accueilli que 2,6% de touristes de plus en 2008. Le « Additional Stimulus Package » de l’Etat avait déjà annoncé en décembre dernier plusieurs mesures pour soutenir les divers secteurs de l’économie, dont le tourisme. Ces mesures sont en train d’être peaufinées.

CROISSANCE réduite en 2008. Les autorités ont annoncé mardi que Maurice a accueilli, l’année dernière, 930 456 touristes, soit 2,6 % de plus qu’au cours de l’année précédente.

Début 2008, après une année que beaucoup ont qualifié d’ « euphorique » , la barre avait été placée haut, avec des espoirs d’atteindre 8 % de croissance touristique. Mais si croissance il y a eu l’année dernière, celle- ci a été en dessous des attentes. La crise financière est passée par là.

Aujourd’hui, alors que le mois de janvier tire à sa fin, les projections pour le proche avenir restent plutôt sombres. Patrice Legris, directeur de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice ( AHRIM), confirme que les mois à venir ne s’annoncent pas bien. « Nous sommes pessimistes pour le court terme et le moyen terme mais nous ne savons pas quelle sera la durée de cette crise et donc quel sera son impact sur le tourisme » , explique ce porteparole de l’hôtellerie qui siège aussi au souscomité mis en place pour traiter du tourisme dans le cadre du Mechanism for Transitional Support . Ce mécanisme de relance économique a été institué avec le Additional Stimulus Package ( ASP) présenté en décembre dernier par l’Etat.

Si le mois de janvier n’a pas été mauvais pour plusieurs opérateurs du tourisme, plusieurs d’entre eux s’attendent à des temps durs à partir du mois prochain. Les réceptifs retiennent eux aussi leur souffle. « Nous nous attendons à une baisse au niveau du nombre des arrivées de 10 % à 15 % pour les mois de février, mars, mai et juin » , soutient Jeenarain Soobragrah, président de l’ Association of Inbound Operators – Mauritius , qui regroupe une vingtaine de réceptifs employant, dans l’ensemble, environ 3 000 personnes.

Bissoon Mungroo, président de l’Association des Hôtels de Charme – organisme qui regroupe des petits hôtels – souhaite, quant à lui, ne pas se montrer alarmiste.

« Le mois de janvier a été raisonnable et la première Le tourisme

quinzaine de février devrait l’être aussi. C’est cependant à partir de la deuxième quinzaine de février que ça paraît inquiétant. Ce ne sera pas rose, mais c’est un défi à relever » . Les hôteliers n’en demeurent pas pour autant frileux sur le sujet de la performance du secteur touristique en 2009 – les taux de remplissage à venir restent secrets. De son coté, Bissoon Mungroo explique qu’il est difficile d’établir des prédictions pour l’année.

« Nous n’avons pas de signes précis parce que beaucoup de gens font maintenant des réservations à la dernière minute » . Ces propos trouvent aussi écho chez Jeenarain Soobagrah. « On ne peut pas à ce stade avoir une réelle visibilité sur toute l’année. On peut seulement commenter sur la période de janvier à juin » . Cet opérateur estime cependant que le mois d’avril a des chances d’être un bon mois pour le secteur touristique en raison des vacances de Pâques – comme c’est habituellement le cas chaque année.

Au niveau de l’AHRIM, si les pronostiques immédiats ne sont pas reluisants, l’anticipation par rapport au long- terme reste positive. « Nous sommes optimistes pour le futur car tous les indicateurs sont unanimes, la croissance dans le tourisme repartira après la crise. Il s’agit donc d’avoir les moyens de résister, de faire face à cette crise et de pouvoir rebondir après » , estime Patrice Legris.

L’Etat n’est pas resté passif face à la crise financière. En décembre dernier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam et le ministre des Finances, Rama Sithanen, présentaient le Additional Stimulus Package – un plan de relance pour soutenir les industries fragilisées.

Ce plan ambitionne de venir en aide à plusieurs secteurs vulnérables de l’économie mauricienne.

Le textile et le tourisme, dont les principaux marchés sont en Europe, sont tous deux au premier front pour en caisser les vagues de répercussions de la crise financière, dont notamment, une baisse significative au niveau de la consommation sur les principaux marchés européens.

Par rapport au tourisme, l’ASP a annoncé plusieurs mesures ( voir en - cadré). Celles- ci de - vraient avoir des effets à plusieurs niveaux.

Le directeur de l’AHRIM explique les répercussions attendues de ces mesures.

L’orga nisme a d’ailleurs été consulté durant la préparation du package. « Le stimulus package, proposé au secteur touristique, intervient sur deux volets pour faire face à la crise financière et à la récession mondiale. Le premier volet concerne le budget supplémentaire de Rs 100 millions accordé à la MTPA qui pourrait avoir un impact sur la visibilité de la destination et par conséquent sur le nombre d’arrivées dans les court et moyen termes » . Patrice Legris explique aussi que « le deuxième volet est un allègement fiscal, à savoir une suspension ou une conditionnalité liée au paiement de deux fees et levies qui n’étaient applicables que, principalement, à notre secteur » . Onze sous- comités travaillent actuellement sur diverses propositions dans le cadre du Mechanism for Transitional Support . Chacun d’entre eux regroupe différents représentants qui se penchent sur un secteur particulier. Les modalités de la mise en application des différentes mesures qui seront concrétisées, restent toujours à être définies. « Ces mesures sont en cours de discussions et de finalisation car cela implique une intervention de plusieurs organisations; ces mesures concernent principalement un apport en capital ou des facilités pour restructurer les dettes existantes ou encore du working capital » , fait ressortir Patrice Legris. Les critères qui devront être satisfaits afin de bénéficier des mesures de soutien restent eux aussi à être établis.

« Les critères ne sont pas encore finalisés mais ils seront pratiquement les mêmes pour tous les secteurs.

Les entreprises en difficulté souhaitant bénéficier de ces mesures devront soumettre une demande avec un certain nombre d’information, d’analyse et de prévi - sions » , ex plique le directeur de l’AHRIM. Une réu nion du comité principal du Mecha - nism for Transitional Sup port est prévu aujourd’hui.

Le Stimulus Package est clair : aucun licenciement dans le tourisme ne pourra être fait sans consultation au préalable avec l’Etat, ni sans programme de formation.

Bissoon Mungroo estime lui, qu’il y a certains paramètres à prendre en considération.

« Tout le monde sait que nous prenons de la main- d’oeuvre additionnelle pour les mois de novembre à janvier. Ces gens- là ne sont pas sur le payroll . Que sommes- nous supposés faire par rapport à eux ? » s’interroge- t- il. Jeenarain Soobagrah souligne que « la baisse au niveau des arrivées aura pour effet une baisse au niveau de l’utilisation de nos ressources. Et pour nous touropérateurs, les ressources principales sont les ressources humaines et les véhicules » . Pour l’instant, tous sont cependant unanime, le licenciement reste le dernier recours.

« Nous sommes pessimistes pour le court terme et le moyen terme mais nous ne savons pas quelle sera la durée de cette crise et donc quel sera son impact sur le tourisme ».

Mesures annoncées pour le tourisme mauricien

L’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’Ile Maurice( AHRIM) et le National Empowerment Foundation doivent développer un programme de formation afin de parer aux licenciements dans le secteur touristique. Cette démarche vise surtout à soutenir les employés de l’hôtellerie qui sont aux niveaux les plus bas, ou en – dessous du niveau des managers dans la hiérarchie.

Cette catégorie, que souhaite protéger l’Etat, compte en effet environ 70 % du personnel du secteur hôtelier. Le « Additional Stimulus Package » stipule aussi clairement qu’aucun licenciement ne pourra être fait dans ce secteur sans qu’il n’y ait des consultations, au préalable, avec l’Etat, et sans la formulation d’un plan de formation et de réorientation.

Depuis le début de cette année, et ce jusqu’au 10 décembre 2010, les établissements hôteliers ne sont tenus de payer le « Environment Protection Fee » ( EPF) que s’ils ont fait des profits à la fin de l’année financière écoulée c’est- à- dire celle de 2007 / 2008. Ces frais étaient habituellement imposés en fonction du chiffre d’affaires des hôtels, chambres d’hôtes et « tourist residences » . Depuis le 1 er mai 2008, le EPF qui se chiffrait à 0,75% du chiffre d’affaires mensuel était passé à 0,85%. Le EPF n’était pas calculé en fonction des profits. Les établissements hôteliers qui ont fait des profits et qui restent sujets au EPF le paieront à la fin de l’année financière, et non de manière mensuelle, comme c’était le cas. Cette mesure a pour but d’aider les hôtels au niveau de la gestion des liquidités.

Un budget additionnel de Rs 100 millions a été alloué à la « Mauritius Tourism Promotion Authority » ( MTPA). Ces fonds seront notamment utilisés afin de promouvoir la destination mauricienne sur des marchés pour lesquels les trajets sont courts ou de durée moyenne. L’Afrique du Sud est un des pays qui sont ainsi ciblés. La MTPA devra aussi utiliser ces fonds pour mener des campagnes publicitaires visant une clientèle haut de gamme indienne, et pour exploiter le potentiel de nouveaux pays tels que la Russie, la Chine, les pays scandinaves et encore les pays de l’Europe de l’Est. La MTPA doit aussi nommer des représentants en matière de relations publiques et de marketing dans les pays jugés comme étant des marchés émergents, et qui pourraient, si bien exploités, permettre à Maurice d’élargir se gamme de touristes.

Toutes les compagnies aériennes seront exemptées de contributions au fonds Maurice Ile Durable, pour une période de deux ans, notamment du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2010.

Le gouvernement compte organiser des campagnes promotionnelles au niveau des 35 différentes dessertes d’Air Mauritius, incluant celles- ci qui sont effectuées en partage de code, notamment avec Air France, et « Malaysian Airlines » .

Les réceptifs auront désormais la possibilité de revendre leurs véhicules pendant les quatre ans suivant l’achat en ne payant les taxes que sur une base pro rata au lieu de rembourser ces taxes en totalité.

Du 1 er janvier de cette année au 31 décembre 2010, le Temporary Solidarity Levy ( TSL) a été suspendu.

Ce prélèvement avait été introduit avec le budget 2006/ 2007 pour une période de quatre ans. Il est de 0,85% du chiffre d’affaires de réceptifs et compagnies de « destination management » , ayant fait des profits. Le TSL est une contribution qui va vers la National Empowerment Foundation.

Source: L'Express de Maurice, 29/01/2009

mercredi 28 janvier 2009

Impact du changement climatique: le point de non retour serait déjà atteint

Auteur: Jean-Louis SANTINI

Le changement climatique a déjà des conséquences largement irréversibles pour un millénaire et les décisions prises aujourd'hui seront cruciales pour en minimiser l'ampleur, mettent en garde des scientifiques dans une étude publiée lundi aux Etats-Unis.

Ces travaux menés par Susan Solomon principale scientifique de l'Administration océanique et atmosphérique américaine (NOAA), montrent comment le changement de la température à la surface des océans, des précipitations dans certaines régions du globe et la montée du niveau des océans "sont largement irréversibles pour plus de mille ans après que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) auront complètement cessé".

Cette étude paraît dans les Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 26 janvier.

"Notre recherche nous persuade que les choix faits actuellement concernant les émissions de CO2 auront des retombées qui changeront irrémédiablement notre planète", déclare Susan Solomon, une des principales scientifiques du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec).

"On savait que le CO2 provenant des activités humaines et émis dans l'atmosphère peut y rester pendant des milliers d'années", ajoute cette climatologue.

"Mais cette nouvelle étude permet de faire avancer la compréhension de la manière dont ce phénomène affecte le système climatique", poursuit-elle.

Le réchauffement de la planète est freiné par les océans qui, tel un gigantesque radiateur, absorbent une grande quantité de la chaleur de l'atmosphère faisant monter leur température et fondre les glaces arctiques et antarctiques.

Non seulement cet effet va s'atténuer avec le temps mais les océans contribueront à maintenir des températures plus chaudes en dégageant la chaleur emmagasinée et ce pendant très longtemps, expliquent ces scientifiques.

Cette recherche examine les conséquences de laisser le CO2 s'accumuler dans l'atmosphère selon différents niveaux au-delà de la teneur actuelle moyenne de 385 parties par million (ppm) de CO2 et ce avant un arrêt complet de ces émissions.

Avant le début de l'ère industrielle l'atmosphère contenait seulement 280 parties par million de CO2 .

Les auteurs de ces travaux, basés sur de nombreuses mesures et plusieurs modèles informatiques, ont conclu que les preuves scientifiques étaient suffisamment solides pour d'ores et déjà quantifier certaines conséquences irréversibles du réchauffement dont le changement de la pluviosité dans plusieurs régions clé du globe ainsi que la montée du niveau des océans.

Laisser le CO2 atteindre de 450 à 600 ppm aurait pour conséquence une diminution persistante des précipitations en été comparable à la sécheresse du "Dust Bowl" en Amérique du Nord dans les années 30, en Europe du Sud, en Afrique du Nord, dans le sud-ouest des Etats-Unis, l'Afrique septentrionale et l'ouest de l'Australie.

Cette diminution des pluies qui persistera plusieurs siècles aura différentes conséquences selon les zones géographiques. Ces chercheurs citent une diminution de l'eau disponible, une plus grande fréquence des incendies, des changements de l'écosystème et une plus grande désertification.

Avec une teneur de 600 ppm de CO2, les océans monteraient de façon irréversible en moyenne de 40 centimètres à un mètre d'ici l'an 3.000 et du double, si le CO2 atmosphérique atteignait 1.000 ppm, selon ces scientifiques.

Cette étude est publiée le jour même où le président Barack Obama a annoncé plusieurs décisions inversant la politique de son prédécesseur et qui visent à lutter sérieusement contre le réchauffement.

Il a notamment demandé un réexamen immédiat du rejet par l'administration Bush de la décision de la Californie (ouest) d'imposer des normes plus strictes que celles de l'Etat fédéral pour réduire les émissions de CO2 des automobiles.